Le Hellfest : un festival, des publics

Le Hellfest : un festival, des publics

Pour les metalheads, le Hellfest représente une expérience sociale à part, que Corentin Charbonnier, aurait d'une thèse sur ce festival, compare à un pèlerinage. En s'ouvrant aux musiques rock en 2012, le festival a réussi à attirer de nouveaux publics, au delà des pèlerins de la première heure.

Alors que s’achève à Clisson la treizième édition du Hellfest, Ben Barbaud, fondateur et directeur du festival annonce cette année une fréquentation exceptionnelle de plus de 180 000 festivaliers. Il est intéressant de se rappeler qu’en 2006, année de la création du Hellfest, seulement 20 000 festivaliers étaient présents. Le Hellfest est devenu le troisième festival de France et surtout, le seul de cette envergure prônant exclusivement une esthétique rock et metal.

En 2018, il n’aura fallu que trente heures aux organisateurs pour vendre l’intégralité des entrées sans qu’aucun des groupes de l’affiche ne soit dévoilé. Mais qu’est-ce qui décide ces metalheads, passionnés de musique metal, à venir chaque année ?

Bien que les motivations soient diverses et variées, il semble au regard des entretiens réalisés que l’« ambiance » ait une importance particulière de même que la confiance, voire parfois la dévotion, qu’accordent les festivaliers au Hellfest.

La terre sainte du metal

Alors que les origines socioprofessionnelles et géographiques sont diverses et variées, le Hellfest est avant tout un lieu de sociabilité de la communauté metal. Pourtant c’est la notion de pèlerinage qui correspond le plus à ce que vit le public, qui utilise d’ailleurs le registre du vocabulaire religieux pour décrire sa pratique et son vécu. Les moments singuliers sont nombreux lors du festival comme par exemple la sacralisation du bracelet officialisant l’arrivée au festival. On retrouve également le look metal, allant des vêtements jusqu’au marquage corporel ainsi que les pratiques communes telles que les danses et la consommation d’alcool. Le terme de pèlerinage prend sens dans la réaffirmation de l’identité du metalhead, dans les souvenirs du festival devenant des reliques du passage sur le site – perçu comme une terre sainte – et dans l’aspect annuel de l’évènement.

Par sa popularité, le Hellfest a attiré au fil des années un public plus large tout en fidélisant les « habitués ». L’ouverture réalisée par le festival en 2012 en ajoutant le terme « Rock » a attiré des fans des groupes tels que Scorpions, Kiss, Guns’n’roses… Les nouveaux « arrivants » sur le festival, en se retrouvant mêlés aux pèlerins de la première heure ont, en quelque sorte, été pris en charge par ces derniers y compris en amont de l’évènement, l’entraide étant présente via les réseaux sociaux, pour organiser le déplacement vers le site, pour cibler les groupes à voir et à découvrir… De plus, de façon à fidéliser le public, les organisateurs veillent à innover chaque année, tant par l’aménagement du site que par l’affiche avec une quantité importante de groupes ne s’étant jamais produits à Clisson.

Transmettre les bases d'une culture commune

Le festival Hellfest réunit donc des passionnés de musiques rock et metal dans un espace particulier, une temporalité particulière, en leur proposant six scènes présentant une diversité de styles musicaux, mais également de nombreuses animations telles que la grande roue, l’extrême market, une wedding chapel pour des « mariages improvisés », un bar pour découvrir le vignoble de Clisson, la statue de Lemmy de Motörhead devenue lieu de recueillement… Les lieux et les scènes sont l’occasion pour les metalheads de participer à des rites renforçant leur identité metal.

Appartenant à l’histoire de la communauté metal, le Hellfest permet des liens intergénérationnels. Certains festivaliers viennent maintenant accompagnés de leurs enfants, principalement des adolescents, qui assistent pour la première fois à la « grande messe » du metal. Le Hellfest est alors un moyen de transmettre aux générations futures les bases d’une culture et d’une historicité communes. De ce fait, le Hellfest devient, au-delà du lieu de pèlerinage, un lieu de socialisation pour les jeunes générations par leurs aînés, un lieu où se côtoient les mythes fondateurs de la culture metal immortalisés par des œuvres ou simplement présents sur les scènes.

Enfin, le Hellfest est le lieu par excellence de rencontres intracommunautaires des metalheads adeptes de différents styles de metal : passionnés de heavy, passionnés de black metal ou passionnés de hardcore, tous se retrouvent chaque année durant ce festival pour y vivre une expérience collective.

Malgré les représentations parfois négatives liées à la musique metal, Ben Barbaud et son équipe ont réussi à implanter et à faire perdurer ce festival, rendant cette aventure économiquement viable et, de plus, prospère pour le territoire. Artistiquement et via sa fréquentation, le Hellfest est à son apogée.

 

Hellfest – Un pèlerinage pour metalheads, Corentin Charbonnier, thèse auto-éditée, 200 pages, 25 € 

Corentin Charbonnier est docteur en anthropologie, auteur de la thèse Le festival du Hellfest : Un pèlerinage pour metalheads.

 

Photo : © LOIC VENANCE/AFP