Le football survivra-t-il à une Coupe du monde à 48 équipes ?

Le football survivra-t-il à une Coupe du monde à 48 équipes ?

La FIFA a fait passer le nombre d'équipes participant à la phase finale de la Coupe du monde de 32 à 48. En 2026, 80 matchs se joueront au lieu de 64 aujourd'hui. Quelles sont les raisons de cette décision ? L'intérêt de cette compétition y survivra-t-il ? L'analyse de Paul Dietschy, professeur d'histoire contemporaine et spécialiste de l'histoire du ballon rond.

Des supporters du monde entier arpentent les rues et les couloirs du métro de Moscou. Portant leur passeport FIFA au cou comme un viatique, arborant les couleurs de leur équipe nationale, ils suscitent un certain amusement chez les Moscovites. Jules Rimet, le président français de la FIFA de 1921 à 1954, y verrait sans doute la preuve que le football contribue à rapprocher les peuples. Le nombre de ces supporters le plus souvent issus des catégories les plus aisées de la population mondiale est appelé à croître dans les dix ans à venir. Gianni Infantino, le président de la FIFA, a en effet fait passer le nombre d’équipes participant à la phase finale de la Coupe du monde de 32 à 48. L’intérêt de la « poule aux œufs d’or » de la compétition mondiale y survivra-t-il ?

Une Coupe du monde à 48 ou l’universalisme du football ?

Si l’on se fait l’avocat de l'organisation, on pourrait voir dans l’extension à 48 équipes, représentant un peu moins d’un quart des fédérations membres de la FIFA, l’accomplissement des objectifs des fondateurs de l’organisation : le développement du football international. De même, on pourrait y lire l’esprit universaliste qui avait guidé le projet de Coupe du monde pensé par le Français Henri Delaunay et adopté en 1928. Enfin, n’est-ce pas une continuation ou un aboutissement de la politique d’ouverture lancée par le président João Havelange à partir de 1974, qui a transformé le format d’une phase finale passée de 16 à 24 formations en 1982, puis à 32 en 1998 ? Avec 48 équipes à partir de 2026, on arrivera à une répartition plus équitable entre les confédérations-continents du football. Ainsi, l’Afrique aurait neuf représentants contre cinq aujourd’hui, l’Asie huit et gagnerait quatre places.

La Coupe du monde aux plus grands et aux plus riches

Pour la première Coupe du monde à 48 qui doit donc être disputée en 2026, le congrès de la FIFA vient de choisir la troïka Canada-États-Unis-Mexique. Le message est clair. Seuls les fédérations les plus riches associées et/ou les États continents auront désormais le droit d’organiser l’événement. Exit un pays de football comme le Maroc qui cherche depuis les années 1980 à accueillir le tournoi mondial et a vu ses rêves arrêtés par plus puissants que lui. Des esprits chagrins diront que le royaume chérifien a mieux à faire que de construire des stades excédant largement la force d’attraction et les finances de ses clubs. Sans doute le Maroc a échappé au syndrome des « éléphants blancs », la construction de stades surdimensionnés et donc inutiles qui a frappé l’Afrique du Sud après 2010. En tout cas, après la Coupe du monde de l’ALENA, la zone de libre-échange nord-américaine un peu secouée par la politique de Donald Trump, une direction s’impose, celle de la Chine. Le président Xi Jinping s’est en effet découvert une passion pour le football avec un grand dessein : accueillir la Coupe du monde en 2030 et la remporter en 2050.

La foire mondiale du foot

Avec une Coupe du monde à 48, le nombre de matchs de la phase finale passera de 64 à 80 matchs. Un véritable pensum pour ceux qui considèrent que la Coupe du monde est déjà bien envahissante mais aussi pour les passionnés qui trouveront peu d’intérêt à regarder des matchs de faible niveau au premier tour. Mais pour la FIFA, l’intérêt est ailleurs. Il s’agit d’abord d’un geste fait en direction du « tiers monde » du football, le reste du monde hors de l’Europe et de l’Amérique du Sud, riche en voix lors des congrès. Outre les 600 millions de dollars supplémentaires générés en droits télévisés, une telle ouverture ne peut que satisfaire les partenaires de l’organisation qui abreuvent en bières et boissons gazeuses et nourrissent de fast-food les pèlerins accourus en Russie et la masse des téléspectateurs réunis dans les fan zones, les bars ou leur salon. La Coupe du monde ressemble de plus en plus à une sorte de foire mondiale du foot dans laquelle l’important est de participer et d’être vu. Il ne s’agit pas moins de la réunion de l’élite du football mondial venue décider de la hiérarchie du football mondial. Le produit « Coupe du monde » y résistera-t-il ? Rendez-vous en 2026.

 

Paul Dietschy est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Franche-Comté et auteur de Histoire du football (Ed. Tempus, 2014).

 

Photo : Fifa © MANAN VATSYAYANA/AFP