Aurélien Taché : « Les réfugiés doivent avoir les mêmes chances de construire leur vie »

Aurélien Taché : « Les réfugiés doivent avoir les mêmes chances de construire leur vie »

La majorité LREM-Modem a définitivement adopté le texte sur la rétention des « dublinés », qui facilite le placement en rétention des migrants enregistrés à leur arrivée dans un autre pays de l’UE. En janvier, le député du Val-d’Oise Aurélien Taché, chargé d’une mission sur la refonte de la politique française d’intégration, répondait à nos questions.

En 2017, le cap des 100 000 demandes d’asile enregistrées par l’OFPRA a été dépassé. Ce chiffre traduit-il un afflux massif ?

Aurélien Taché : Ce chiffre représente une augmentation très significative de la demande d'asile en France et même un record historique. Mais il convient de le relativiser. À titre de comparaison, plus de 800 000 personnes ont été accueillies en Allemagne en 2015 et 200 000 demandes d’asile ont été déposées dans ce pays en 2017. Il y aurait donc quelque chose de presque indécent à parler d' "afflux massif". De manière générale, je considère que l'asile est un droit fondamental et qu’il n'a donc pas à être quantifié. Le chiffre le plus intéressant est en fait celui du taux de protection : avec 43% de personnes qui obtiennent effectivement l'asile et accèdent au statut de réfugié. En très peu d’années, ce chiffre a plus que doublé et le défi qui est devant nous est désormais celui de l'intégration.

Déposer une demande d’asile s’apparente parfois à un parcours du combattant. Ce système ne pourrait-il pas être réformé ?

C'est précisément ce que nous souhaitons faire en 2018. Avec des délais qui atteignent en moyenne 14 mois, les gens restent beaucoup trop longtemps dans l'incertitude. Nous voulons que la procédure dure au maximum 6 mois et surtout qu'il soit possible de l'entamer plus rapidement, car c'est l'enregistrement de la demande qui conditionne l'accès à un hébergement et un accompagnement. Celles et ceux qui viennent solliciter une protection en France ne doivent pas être contraint d'attendre une réponse dans la rue.

Un migrant malien ou ivoirien ayant vécu l’enfer libyen ne bénéficiera pas du droit d’asile pour ce motif. Cela vous parait-il acceptable ? 

L'asile, tel qu'il est défini par la convention de Genève, correspond à une idée bien précise : on vous protège car vous risquez la mort dans votre pays, en raison de la guerre ou de persécutions. Les cas que vous évoquez ne relèvent donc pas de l'asile mais cela ne veut pas dire que la France ne peut les accueillir. Pour ma part, je suis favorable à porter une attention particulière à toutes les personnes en situation de vulnérabilité ou qui ont, d'une manière ou d'une autre, connu l'horreur.

Le gouvernement a finalement abandonné l’idée de renvoyer les migrants dans des "pays tiers sûrs". Étiez-vous favorable à cette disposition ? 

Non, j'y étais fermement opposé et je l'avais fait savoir au ministre de l'Intérieur. La notion de "pays tiers sûr" - qui revient a dire à un Syrien qui est passé par la Turquie qu'il ne peut pas demander l'asile en France - est une forme de dévoiement du droit d'asile. Cette notion ne figurera pas dans le projet de loi qui sera présenté et c'est très bien ainsi.

À la fin du mois de janvier, vous remettrez un rapport sur l’intégration à Edouard Philippe. Quelle conception de l’asile et de l’intégration allez-vous défendre ?

Une conception ambitieuse et exigeante. Toutes les personnes qui relèvent de l'asile doivent pouvoir y accéder rapidement, dans les meilleures conditions. De ce point de vue, il nous reste beaucoup de progrès à faire. En particulier pour que les réfugiés trouvent leur place, et c'est le sens du travail qui m'a été confié par le Premier ministre afin que nous mettions en place une véritable politique d'intégration. Les réfugiés doivent avoir les mêmes chances que les Français d'accéder à l'emploi, au logement et à tout ce qui leur permettra de construire leur vie. Il faut pour cela leur donner les moyens d'apprendre notre langue, les clefs de compréhension de notre pays et les accompagner dans leur projet. Pour que la France soit une chance pour eux mais qu'ils deviennent aussi une chance pour la France.

 

Aurélien Taché est député LREM du Val-d’Oise 

 

Propos recueillis par Pierre-Natnael Bussière 

Crédit photo : IBO / SIPA