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PMA : n'oublions pas les mères solo

Written by Dominique Mehl | Jul 11, 2018 12:14:50 PM

Cet article est issu de l’enquête conduite par Dominique Mehl auprès de mères célibataires volontaires ayant adopté ou eu recours à la médecine procréative à l'étranger.

Les lois de bioéthique adoptées en 1994, douze ans après la naissance d’Amandine, le premier bébé éprouvette français, sont toujours en vigueur plus de vingt ans après. En l’état. Elles stipulent que la procréation médicalement assistée est réservée à des couples hétérosexuels stériles. En conséquence, sont exclus des centres de médecine procréative les célibataires et les couples homosexuels.

Longtemps ces dispositions ont été appliquées sans trop de heurt. Mais les mœurs évoluent. Les désirs d’enfanter hors des normes maritales prennent de l’essor. Et, depuis quelques années, ces projets parviennent à leur fin dans d’autres pays que le nôtre.

Aussi, les interdits français commencent-ils depuis quelques années à être ouvertement contestés. Et, désormais, la révision de la loi de bioéthique envisage sérieusement d’autoriser l’accès de la PMA à toutes les femmes.

La cause des lesbiennes est maintenant bien connue grâce au débat sur le mariage et à la visibilité des familles homoparentales. En revanche, la cause des célibataires paraît moins populaire. Il semblerait qu’elles aient été glissées dans le programme de révision dans la foulée de l’ouverture aux couples féminins, mais sans que leur demande, leur désir, leur vécu, leur spécificité n’ait fait l’objet d’une véritable réflexion et compréhension. Cette tolérance se glisse comme un codicille à la reconnaissance des couples féminins et non comme une légitimation d’un scénario original.

Or, leur histoire est particulière. Elles se retrouvent sans conjoint par suite d’expériences déçues à un âge où leur fertilité commence à fléchir. Sur leur projet d’enfant pèse le diktat de l’horloge biologique. Elles auraient souhaité concevoir un enfant avec un compagnon. Elles le souhaitent toujours. Mais à cet instant il n’est pas au rendez-vous. Aussi, tout doucement, moyennant une intense réflexion, elles se résolvent à inverser l’ordre d’entrée en parenté. Au scénario habituel : un  mari puis une famille, elles substituent le déroulé inverse : l’enfant d’abord, le conjoint plus tard s’il se présente. Car leurs témoignages concordent tous autour de l’idée que vivre avec enfant même sans partenaire vaut mieux que de se retrouver en couple mais hors d’âge de concevoir.

Ainsi au regard de leur demande se dessine le profil d’une maternité célibataire choisie. Non pas subie par suite d’un divorce ou d’une séparation comme dans les situations monoparentales contemporaines. Mais une monoparenté voulue et assumée sans pour autant être revendiquée comme un modèle sociétal alternatif.

Une nouvelle configuration parentale qui va, selon toute vraisemblance, s’étendre. Car elle ne résulte pas d’histoires ou d’accidents individuels mais de profondes transformations sociales à l’œuvre aujourd’hui. Allongement des études, expansion du travail féminin, stabilisation plus lente sur le marché du travail. Autant de phénomènes qui concourent au retard, probablement irréversible, de l’âge de la première maternité et ceci pour toutes les femmes. Les célibataires partagent les mêmes conditions sociales mais les cumulent avec une vie conjugale plus chaotique et plus instable qui les amènent encore plus tardivement au seuil de la maternité. L’ouverture de la PMA aux femmes célibataires entérinerait cette évolution qui ne relève ni du caprice ni de l’égoïsme des wonder women mais de l’évolution contemporaine de la conjugalité.

 

Photo : © Peter Mulle /Cultura Creative/AFP