La Ma Dalton du Cantal

La Ma Dalton du Cantal

Benoît Philippon signe un roman noir désopilant dans la récente collection Equinox (Les Arènes), avec comme personnage principal une grand-mère auvergnate et tueuse en série.
Par Stéphane Desmichelle.

Jonglant habilement avec le zeugma et l’humour, Benoît Philippon raconte l’histoire de Berthe, 102 ans, qui se retrouve en garde à vue pour avoir tiré sur son voisin dans l’espoir d’aider à s’enfuir deux jeunes meurtriers en cavale. C’est complètement par hasard – la veille – que la vieille a rencontré ces « Bonnie and Clyde du Cantal » et s’est prise d’affection pour eux. Leur chance ? Etre amoureux. Et l’intrépide centenaire va décontenancer l’inspecteur Ventura, pourtant rôdé à l’exercice. « Des années de métier pour ne pas se laisser amadouer durant les interrogatoires ne vous préparent pas à la rencontre d’une telle mamie ». En plus d’un siècle, Berthe en a vu d’autres et des secrets, elle en a à la pelle !

Pourtant, difficile de juger cette mamie tueuse en série capable de tirer à bout portant sur son voisin comme de sauver une fillette visée par le fusil d’un nazi… après tout, l’imprévisibilité n’est-elle pas le lot de tout être humain ? C’est surtout l’histoire d’une femme émancipée, anti-conformiste et féministe indignée par la domination masculine. Et jolie qui plus est : « Nana l’avait prévenue, elle devait manier avec prudence cet effet qu’elle provoquait sur les hommes, donc sur leurs femmes, donc sur la société en général ». Beauvoir et Sand avaient les mots. Berthe a le fusil. Un roman noir désopilant où il est question de guerre, de haine, d’amour et donc d’emmerdes. Cru, ou vulgaire (selon la sensibilité), Benoît Philippon a en tout cas le sens du dialogue, et pourvoie la grand-mère, sous couvert d’une certaine naïveté, d’une répartie cinglante. « Fausse ingénue, Berthe savait manier l’innocence comme le marteau ». Comme quoi, l’art de la répartie n’a pas d’âge.

 

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Mamie Luger, Benoît Philippon
Éditions Les Arènes, collection Equinox
(450 pages, 16 euros)

 

  

Photo : Benoît Philippon © Stéphane Remael/Ed. Les Arènes