La ballade de la fille du chanteur

La ballade de la fille du chanteur

Une jeune éditrice part sur les traces de son père envolé, un chanteur jadis célèbre à la personnalité cyclothymique. Un récit qui trotte dans la tête.

comment juger sereinement des livres d'Olivier Adam ? Quand il parut sur la scène littéraire avec Falaises, il fut illico célébré pour sa poésie élémentaire, son lyrisme âpre, son écriture profondément humaine - le contraire de la prose de surface promue aujourd'hui. Puis - la tuile ! - il eut du succès : dès lors, il devint chic de moquer son côté social, ses approximations syntaxiques, ses descriptions de météo marine... Pourtant, ses livres partagent au moins une qualité : qu'on les déprise ou qu'on les loue, on va toujours jusqu'au bout. Cela tient à une façon de porter le lecteur par le rythme des phrases, à une justesse dans l'élaboration des personnages, à un talent pour préserver le mystère.

Ainsi son dernier roman, Chanson de la ville silencieuse : la fille d'un chanteur jadis célèbre recherche son père disparu, peut-être reclus à Lisbonne où « tout succombe à l'inclinaison » (certes, ça penche). La fille est éditrice et discrète : plutôt qu'un personnage, elle est une voix égrenant en phrases courtes ses souvenirs d'une enfance pas comme les autres. Premières années auprès d'une mère toxicomane. Puis il a fallu tenter de grandir aux côtés d'un père qui était tout et son contraire. Une personnalité intense, comme disent les magazines, ou schizoïde, comme diagnostiquent les médecins. Qui alternait entre période d'ivresse et de sobriété. De cynisme et de mysticisme. De solitude et de fêtes sans fin dans son vaste domaine. En racontant cela à travers le regard de sa fille - que ce petit théâtre n'émoustille guère -, Olivier Adam transforme ce qui aurait pu être une variation clinquante sur un thème people en une ballade touchante, qui flotte longtemps dans l'esprit du lecteur. Le pendant littéraire des chansons de Bashung, période crépusculaire.

CHANSON DE LA VILLE SILENCIEUSE,

Olivier Adam,

éd. Flammarion, 218 p., 19 E.