Ainsi chantent les baleines

Ainsi chantent les baleines

Poète, slameur et plasticien, J. Albert Morisseau Leroy est membre du collectif « On A Slamé Sur La Lune » créé par Marc Alexandre Oho Bambe. Engagé pour faire de l'art et plus précisément de la poésie un moteur citoyen, il publie ici un poème inédit.

J’ai la vie vagabonde,
je suis une âme errante
sur la douceur de la grande bleue,
la solitude qui m’habite si proche du but n’a plus peur
la mort a froid à nos espoirs
elle prendra la fuite devant nous.

 

C’est nous boat people
qui aux frontières de l’imaginable tentons,
repoussons le possible,
pour cueillir le pire à la prose des démocraties écloses.
Nous, fleurs au flair du printemps,
guettant l’instant de lumière,
du jour qui se lève.
Derrière le nom qui nous nomme, nous ellipse
nous tournons dans les aires des frontières redéssinées au mètre carré,
nous tenons en nos semelles de vents
une nouvelle carte du monde.

 

Laissez passer, que je sème ma part de beauté.
Je ne veux pas de terre,
je ne veux pas de camp,
l’étoile de l’exil danse sur mon ventre
J’appartiens aux boat people.

 

Mes émotions sont brisées.
Qui vais je pleurer ?
Les compagnons d’infortune ?
L’amour des êtres chers ?
Mes stigmates ?

 

Le futur me regarde avec déni
« You are not human,
you are boat people!
Hey you!
Who Are You?
Boat People Too ! ».

 

Le chant des étoiles danse aussi dans nos corps.
Nous, du genre comme vous, presque humains.
Nous avons tout perdu, même la présomption d’humanité.

 

J’ai senti les esprits traverser les frontières,
arrêtez-les si vous pouvez !
J’ai senti des rêves me précéder,
arrêtez-les si vous pouvez !
J’ai senti la vie hésiter,
s’accrocher aux pustules de mon entre cuisses et se battre,
attrapez-la si vous pouvez !
J’ai senti un sexe dresser mon corps et mon cœur se décrocher attrapez le si vous pouvez ! 
J’ai senti le souffle me quitter
attrapez ce qu’il en reste si vous pouvez !

 

Ce soir,
j’entends encore le chant des baleines.

 

Elles chantent les rêves
les besoins d’air
de ville viable
d’humanité
insoumise,
intranquille
inassouvie,
l’humanité usurpée.
Elles me chantent, moi
elles nous chantent, nous
nous du genre comme vous, presque humains.

 

Nous,

Comme ils nous appellent

Boat people, migrants, réfugiés.

 

 

Photo : Le 18 février 2017, deux migrants libyens se tiennent sur le pont du bateau Golfo Azzurro de l'ONG espagnol Proactiva Open Arms, après avoir été sauvés en mer par des gardes côtés italiens au nord de Sabratha en Lybie. © David Ramos/Getty Images/via AFP

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« Par les routes », Sylvain Prudhomme,  éd. L'Arbalète/Gallimard

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© Louison pour le NML

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Illustration : Le journal des Débats, 27 mars 1899 - source : RetroNews-BnF