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Halte aux clichés réacs : il n'y a pas de PMA de « convenance »

Written by Irène Théry | Aug 21, 2018 3:17:00 PM

« La PMA pour toutes les femmes c'est le triomphe de la PMA de "convenance" »

En janvier 2018, Éric Ciotti a déclaré sur BFM : « Je suis opposé à la PMA pour des raisons de confort, j’allais dire de choix […]. La PMA pour des raisons d’infertilité, naturellement. »

Certains disent qu’avec la PMA pour toutes on va passer du « thérapeutique » au « sociétal », voire à la PMA de « convenance » : une rupture sans précédent dans l’usage de la biomédecine. Mais un tel récit occulte l’essentiel : il y a toujours eu deux PMA. La PMA thérapeutique, dont l’objectif est de soigner une infertilité pathologique, représente 95 % des naissances par PMA. Et 5 % viennent de la PMA avec don, qui est justement celle qu’on veut ouvrir à toutes les femmes. Or celle-ci n’a jamais été thérapeutique. En cas de don de sperme, le mari stérile reste tout aussi stérile. La PMA avec don n’est pas un traitement médical de l’infertilité, mais un arrangement social permis par la médecine, dans lequel un couple ne pouvant procréer par lui-même fait appel à une tierce personne qui donne de sa capacité procréatrice pour permettre à ce couple d’avoir un enfant. Personne n’a jamais parlé ici de « convenance », bien au contraire.

La réalité est que nos sociétés ont apporté une réponse nouvelle à la détresse des couples en mal d’enfants en organisant l’engendrement avec tiers donneur dans un cadre biomédical dissociant sexualité et reproduction. Et c’est bien parce que cette innovation sociale était là sous leurs yeux que les lesbiennes se sont dit : Pourquoi pas nous ? La prétendue « rupture » dans le rôle de la médecine qu’impliquerait la PMA pour toutes est un mythe. L’enjeu actuel est simplement l’ouverture à de nouvelles bénéficiaires d’une pratique établie depuis un demi-siècle.

 

Contre sept autres arguments réacs sur la bioéthique – comme « La PMA aujourd'hui pour les lesbiennes, c'est la GPA demain pour les gays »« Pour ces femmes, les hommes ne sont que des distributeurs de gamètes »« On va vers l'eugénisme de masse », « L'autoconservation des ovocytes, c'est pour les carriéristes » – lisez l'intégralité de l'article dans le numéro 7-8 du Nouveau Magazine littéraire, maintenant chez votre marchand de journaux.

 

Photo : © GOVIN SOREL/PHOTONOSTOP