« Le gouvernement fait tout l’inverse d’une politique humanitaire »

« Le gouvernement fait tout l’inverse d’une politique humanitaire »

Alors qu'Emmanuel Macron se rend mardi 16 janvier à Calais pour défendre sa politique migratoire deux jours avant un sommet franco-britannique, l'association locale L'Auberge des migrants explique son refus de discuter avec le président de la République. Très critique envers la politique du chef de l'État, le président de l'association d'aide aux migrants, Christian Salomé, dénonce un « net recul de la situation sur le plan humain ».

Pourquoi avez-vous refusé de rencontrer Emmanuel Macron ?

Christian Salomé. Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas écouté les grandes associations humanitaires, ni les critiques, ni même les propositions qui lui sont faites. Alors pourquoi prendrait-il en compte les propositions des associations locales ? On a l’impression que tout est déjà écrit et décidé à l’avance en matière d’immigration. Depuis le début, ce gouvernement se positionne sur une politique migratoire dure. Nous savons qu’Emmanuel Macron est assez intelligent pour faire la distinction entre un centre humanitaire et un centre de tri. Or c’est comme si cette différence n’existait pas. Les centres d’accueil et d’études de la situation des sans-papiers n'acceptent que les migrants qui ne sont pas « dublinés », c’est-à-dire ceux qui ne sont pas obligés de déposer leur dossier dans le premier pays européen où ils sont entrés. Cela ne concerne que 2 % à 5 % d’entre eux ! De fait, on exclut 95 % des gens des centres d’accueil. Avec ce gouvernement, nous ne sommes pas dans une politique d’accueil mais de rejet.

Dans quelles conditions survivent les migrants ?

À Calais, toute possibilité pour un migrant de s’abriter est immédiatement détruite par les forces de l’ordre. Les gens n’ont aucun endroit où dormir. Les CRS interdisent systématiquement les distributions de bois pour se chauffer et éteignent les planches qui sont déjà en train de brûler. La situation est pire qu’avant. Maintenant qu’on ne laisse plus aux migrants la possibilité de se reposer, ils tentent jour et nuit de trouver le moyen de rejoindre l’Angleterre. Ils sont dans une quête constante de passage de l’autre côté de la frontière. On continue de distribuer 2700 repas chaque jour et la misère est de plus en plus grande. 

Que contestez-vous dans la « circulaire Collomb » ?

Cette circulaire remet en cause le principe légal d’accueil inconditionnel en hébergement d’urgence. Cela revient à autoriser un tri entre les situations de détresse parmi les migrants. Le gouvernement fait tout l’inverse d’une politique humanitaire et d’ouverture. Lorsque l'on porte secours à des migrants en train de se noyer en pleine mer, on ne se pose pas la question de savoir si leurs papiers sont en règle ou pas. On les aide.

Selon vous, le gouvernement actuel agit-il dans la continuité des précédents ?

On est très loin du volet humanitaire dont le président de la République parlait avant son élection dans ses discours. La réalisation concrète ne suit pas. Par rapport aux gouvernements de ces dernières années, on est en net recul sur le plan humain. Je ne me souviens pas avoir connu une telle situation en vingt-cinq ans de présence à Calais. Cela est inhumain et la visite du président ne va rien changer pour les migrants.

 

À propos de l'auteur : 
Christian Salomé est président de L’Auberge des migrants, une association qui agit auprès des exilés à Calais et ses environs depuis 2008.

Propos recueillis par Simon Blin.

Photo : © PHILIPPE HUGUEN / AFP