Gérald Bronner : « Notre vie ordinaire est peuplée de faits extraordinaires »

Gérald Bronner : « Notre vie ordinaire est peuplée de faits extraordinaires »

À l'occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Gérald Bronner nous livre son analyse de grandes problématiques contemporaines – de l'antispécisme à la montée du courant anti-vaccins, en passant par les théories du complot.

Dans votre dernier ouvrage (Cabinet de curiosités sociales), vous vous attaquez à une liste de « curiosités » de la vie quotidienne, de la vie intellectuelle, politique, etc. Que vise précisément votre démarche ? 

Comme le titre de l’ouvrage l’indique, je m’inspire de la philosophie des anciens cabinets de curiosité de la Renaissance. Ces cabinets, qui sont un peu les ancêtres de nos musées, cherchaient à accumuler des choses étranges et rares souvent trouvées aux confins du monde connu. Ces choses étaient de nature à susciter l’étonnement et l’édification de l’esprit. Dans ce livre, je suis parti à la recherche de choses étonnantes, mais plutôt dans notre quotidien qu’aux confins du monde. Il s’agit de proposer aux lecteurs de faire un pas de côté pour voir combien la réalité dans laquelle nous vivons est étrange. Si nous ne percevons pas toujours cette étrangeté, c’est que nous y sommes accoutumés. Il faut, comme aurait dit André Breton, avoir un peu l’« œil sauvage » pour la voir vraiment. Notre vie ordinaire est peuplée de faits extraordinaires qui peuvent composer un cabinet de curiosités contemporaines. Pour éclairer les objets de mon cabinet de curiosités sociales, j’ai mobilisé autant la sociologie la plus classique que les sciences cognitives, l’économie ou la psychologie.

Je propose de répondre à des questions aussi curieuses que de savoir pourquoi la plupart des ballons dans les sports que les humains pratiquent sont ronds, pourquoi le développement du téléphone portable prouve probablement que les soucoupes volantes n’existent pas, quelles sont les conditions à réunir pour produire ce que la pensée religieuse appelle un « miracle »… Ou encore : pourquoi les chantiers sont-ils toujours en retard ? Pourquoi la consultation des réseaux sociaux tend-elle à nous rendre malheureux ? Bref, des questions très diverses – près d’une centaine de thèmes – sont ainsi abordées dans de petits textes qui peuvent se lire en quelques minutes.

Une de ces curiosités – intitulée « Soumission, domination, précaution » – dénonce le principe de précaution, prolongeant ainsi la thèse de votre ouvrage La planète des hommes. Souhaiteriez-vous qu’on abandonne ce principe ?

Il existe des applications raisonnables du principe de précaution : il faudrait avoir perdu la raison pour ne pas souhaiter qu’on encadre d’une façon ou d’une autre les dommages de l'activité humaine sur l’environnement par exemple. À partir du moment où nous avons la capacité de nous autodétruire, il est nécessaire de réguler fermement notre activité technologique notamment. Mais cela ne signifie pas que toute forme de régulation est équilibrée et justifiée : le principe de précaution appliqué inconditionnellement devient une idéologie que mon collègue Etienne Géhin et moi-même avons nommée le « précautionnisme ». Ce n’est donc pas ce principe qui me pose vraiment problème mais son application aveugle. Tel qu’il est constitutionnalisé en France par exemple (l’un des seuls pays au monde à avoir pris cette initiative), il est totalement déséquilibré car il incite le débat public à s’engager sur les conséquences éventuelles de nos actions (technologiques et scientifiques), sans considération aucune pour les conséquences de notre inaction. L’inaction en effet, peut entraîner des conséquences plus graves que l’action : c’est notamment le cas pour les vaccins qui sont si controversés dans notre pays.

Comment comprenez-vous la progression d’un fort courant anti-vaccins et, de manière plus générale, la méfiance grandissante vis-à-vis de la science ? 

C’est une question préoccupante, particulièrement en France. La méfiance vis-à-vis des vaccins, qui commence à avoir des incidences sur la santé publique (en témoignent les épidémies de rougeoles, dont certaines sont mortelles), accompagne le sentiment de méfiance envers la médecine conventionnelle et la science en générale. Il y a bien des raisons historiques à cela (amiante, vache folle, etc.), car nos contemporains ne sont pas devenus soudainement insensés. Mais selon moi, l’amplification de ce phénomène tient à la rencontre de deux facteurs.

D’une part, le fait que notre cerveau est mal équipé pour comprendre rationnellement les phénomènes de risque : nous avons par exemple tendance à surestimer des probabilités pourtant faibles. Dans le cas du vaccin, on retrouve l’asymétrie entre les conséquences de l’action et les conséquences de l’inaction que j’évoquais avant. Les parents qui font le choix de ne pas vacciner leurs enfants craignent les effets néfastes de la vaccination mais ne se préoccupent pas des conséquences de leur choix sur la société. D’autre part, et c’est cet aspect qui explique la contemporanéité du phénomène, la dérégulation de l’information est favorable aux individus ou groupes qui sont les plus motivés à faire valoir leur point de vue, de sorte que des idées auparavant confinées dans des marges de radicalité parviennent à essaimer dans l’espace public et gagnent en visibilité.

Or nombre de nos concitoyens, indécis face à des questions techniques, telle que celle des adjuvants vaccinaux par exemple, auraient tendance à se laisser impressionner par la visibilité de certaines croyances, notamment sur Internet, et c’est ainsi que la crédulité gagne peu à peu du terrain sur certains sujets. Cette méfiance grandissante s’explique donc en partie par la rencontre du fonctionnement de notre cerveau avec la dérégulation contemporaine du champ de l’information.

Vous avez récemment fait l’état d’une « tyrannie des minorités ». Est-ce à dire que les revendications, lorsqu’elles proviennent de minorités, doivent être a priori et de facto disqualifiées ? Autrement dit, seules les revendications de la majorité sont-elles légitimes ?

Là, il y a un énorme malentendu. Il serait absurde et même choquant de considérer que les revendications de minorités devraient être a priori disqualifiées. L’expression « tyrannie des minorités » désigne un phénomène sociologique banal qu’avait bien décrit par exemple Mancur Oslon, à savoir le fait que certains groupes minoritaires parviennent à imposer leur point de vue contre la majorité, y compris en démocratie.

C’est une expression que Philippe Raynaud a utilisé il y a 25 ans et qu’il mettait en regard de celle de Tocqueville : la tyrannie de la majorité. Ce mécanisme sociologique est amplifié sur Internet, comme le montrent plusieurs études qui portent sur ce que l’on appelle la Web Science. En convoquant des bases de données importantes, elles révèlent qu’un nombre restreint de personnes motivées est en mesure d'influencer l’opinion sur Internet beaucoup plus que dans la vie sociale en dehors des écrans. Internet est donc une drôle de démocratie, puisque certains s'y prononcent mille fois, tandis que d’autres n'y font jamais entendre leur voix. Or les motivés que sont les « croyants » dont font partie, par exemple, les militants anti-vaccination, « votent » beaucoup.

La tyrannie des minorités – qui n’empêche évidemment pas, sur nombre de sujets, la tyrannie de la majorité tocquevillienne – se manifeste principalement dans deux situations : lorsque la majorité reste apathique et ne fait pas preuve de suffisamment de vigueur pour s’opposer à l’activité de petits groupes ne représentant qu’eux-mêmes ; et lorsque la minorité parle si fort qu’elle arrive à faire confondre la visibilité de son point de vue avec une prétendue représentativité.

Dans la même lignée, vous vous inquiétez de l’antispécisme qui, selon vous, « suit le chemin du totalitarisme ». Par cette analogie, visez-vous l’action de certains militants antispécistes ou bien le postulat de base de l’antispécisme (à savoir l’égalité entre tous les êtres vivants) ?

Toutes les idéologies, même les plus inoffensives en apparence, peuvent engendrer des formes de violences sociales. C’est le cas de l’antispécisme, comme le montrent les récentes attaques de boucheries. Mais il est vrai que certains postulats idéologiques sont plus problématiques que d’autres : l’antispécisme, en posant l’égalité entre les êtres vivants, met l’élevage des animaux sur le même plan d’indignation morale que l’esclavage, et compare la consommation de viande à un holocauste. Dans ces conditions, la colère que ressentent ceux qui adhèrent à cette idéologie est de nature – dans de rares cas heureusement – à inspirer des mesures de rétorsion qui peuvent être violentes. C’est un débat compliqué. Après avoir été interpellé par les antispécistes, j’ai voulu répondre en détail à leurs accusations, et j’invite vos lecteurs à suivre les échanges que j’ai pu avoir à ce sujet sur ce blog.

L’année dernière, vous avez provoqué un vif émoi en dénonçant –  dans Le danger sociologique – la sociologie critique et la pensée héritée des travaux de Pierre Bourdieu.  Que reprochez-vous à ce courant de la sociologie ?

Comme nous l’expliquons dans notre livre (co-écrit avec Etienne Géhin), la théorie critique en général manque précisément d’esprit critique, elle est traversée de biais cognitifs. Pour n’en prendre qu’un seul exemple, elle manipule sans précaution des concepts comme le Pouvoir, la classe sociale, etc. en leur attribuant un pouvoir causal intentionnel : c’est ce que l’on appelle le biais d’agentivité. Cela prédispose à accepter toutes sortes de théories douteuses, comme le montre un papier récent de Kelly Garret et Biran Weeks. Par ailleurs, ceux qui s’auto-désignent comme penseurs critiques ont un agenda politique, ils cherchent donc dans la masse de données les variables qui conviendront à une thèse dont ils connaissent la conclusion avant même d’avoir commencé à travailler.

Ces théories peuvent être descriptivement vraies (nous ne contestons pas les corrélations qui sont convoquées par eux comme par tous les sociologues, qu’ils soient critiques ou non du reste) mais explicativement discutables. Ils proposent de faire de la « cueillette de cerises » (cherry picking) dans les données, un type de procédé qui a été abandonné dans les autres sciences. Il s’agissait, pour Géhin et moi, de rappeler aussi que cette tradition de pensée ne saurait parler au nom de La sociologie comme elle a tendance à le faire. Il existe une autre tradition de recherche en sociologie, la sociologie analytique, qui ne pense pas que la discipline doive être un « sport de combat ».

Au-delà du défaut de scientificité, vous redoutez le caractère performatif de ce discours sociologique, accusé de véhiculer « une culture de l’excuse » déresponsabilisant les individus. Cela pose en creux la question de la responsabilité sociale du chercheur. Un sociologue doit-il nécessairement se préoccuper de l’impact social de ses découvertes ? Sa fonction est-elle d’offrir une image rassurante et sécurisante du monde social ?

Bien au-delà de la sociologie, nous nous interrogeons avec Géhin sur la possibilité qu’ont certains récits déterministes à être performatifs. C’est une conjecture raisonnable car la recherche a montré que, pour prendre un type de récit déterministe très différent, la croyance aux signes astrologiques et en leur influence sur le caractère pouvait affecter en profondeur la personnalité des individus. Dans ces conditions, l’idée que son destin social est déterminé, et que l’on n’a aucune chance de réussir dans ses études par exemple, pourrait décourager l’effort nécessaire à la réussite. Il ne s’agit pas de nier l’inégalité des chances qui est réelle, mais d’ajouter une variable à la complexité du sujet de l’inégalité : comment les récits auxquels nous adhérons peuvent-ils rétroagir sur nos chances de réussites ? Encore une fois, c’est une simple hypothèse (annoncée clairement comme telle dans Le danger sociologique) mais, par les réactions qu’elle a suscitées, elle me paraît montrer la réalité des problèmes que nous pointons dans notre livre.

On sait par exemple que les catégories les plus modestes de la population sont celles qui souffrent statistiquement le plus d’addiction aux loteries. Or, ces jeux d’argent sont des trappes à espérance, comme le montre bien une thèse récente [1], une façon de croire que l’on peut redistribuer les cartes. De même, certaines ambitions qui touchent au monde du sport ou du spectacle sont-elles peut-être perçues comme des formes de loteries sociales et attirent-elles plus souvent les plus démunis… Il faudrait tester l’hypothèse scientifiquement mais elle n’a rien d’outrageant.

Votre question me donne l’opportunité de lever un autre malentendu possible : en aucun cas, la réflexion scientifique ne doit se conformer aux conséquences de sa recherche. L’hypothèse que nous proposions n’était donc pas de prévenir la recherche des causes sociales qui influencent le destin de chacun (mais je comprends qu’elle ait été perçue comme cela) mais de proposer d’ajouter un élément de complexité à ces causes. La fonction de la sociologie, comme toute science, n’est donc ni d’inquiéter, ni de rassurer mais de tenter d’établir un modèle explicatif satisfaisant de la réalité, sans occulter certaines variables qui pourraient être considérées comme « gênantes ».

Selon vous, la frontière entre politique et savoir scientifique est-elle suffisamment hermétique ?

L’histoire a montré que la porosité des frontières entre science et politique était catastrophique, comme dans l’affaire Lyssenko par exemple [2]. La politique, lorsqu’elle prend la forme de l’idéologie, cherche à subordonner les catégories du vrai et du faux à celles du bien et du mal. Le scientifique n’est qu’un être humain, il peut parfaitement céder à cette tentation. La science, qui est une activité sociale de sélection des idées selon la méthode la plus scrupuleuse que l’humanité ait connu, vise le dépassement du danger du subjectivisme (par exemple celui des compulsions idéologiques) par le tamis du travail collectif. Tous les scientifiques sont orientés par leur subjectivité et leurs croyances, mais on suppose que la délibération collective selon des normes bien établies (randomisation, double-aveugle, analyse de la variance…) exfiltrera les énoncés de leur environnement de production. C’est en cela que la science a une portée universelle.

Le cas de la sociologie est particulier car les faits sociaux sont éminemment multi-variables et la nature des objets sur lesquels porte son intérêt permet facilement une contamination de la connaissance par des attentes idéologiques. Mais si elle réclame un statut d’exception, la sociologie se condamnera à n’être que périphérique dans la production de la connaissance et perdra peu à peu ses prérogatives thématiques. C’est pourquoi nous avons estimé qu’une certaine sociologie était en danger d’elle-même, d’où le titre de notre ouvrage.

Dans La démocratie des crédules, vous vous êtes intéressé aux théories du complot. Comment expliquez-vous l’adhésion à ces théories ? 

L’erreur concernant les phénomènes de crédulité est de les rabattre sur la bêtise. Les théories conspirationnistes, aussi loufoques soient certaines d’entre elles, ne sont pas la conséquence de l’idiotie de ceux qui les endossent. Ce type de croyances relève de ce que l’on pourrait appeler la face obscure de la raison. Il y a bien des formes de raisonnement dans le conspirationnisme, qui miment celles de la pensée méthodique, mais elles sont traversées elles aussi de multiples biais cognitifs. L’une des formes de « démonstration » que l’on y trouve souvent est celle de l’accumulation d’anomalies de la version consensuelle d’un fait (par exemple une attaque terroriste).

Les théories conspirationnistes profitent pleinement de la motivation de petits groupes de « croyants » qui ont réussi, grâce à la dérégulation du marché de l’information, à rendre plus populaires des thèses qui étaient auparavant inconnues. Internet leur permet aussi de réduire considérablement le temps de latence entre un fait et son interprétation complotiste. J’ai pu d'ailleurs rappeler dans mon livre Cabinet de curiosités sociales que le jour même des attentats de Charlie Hebdo, on trouvait déjà 26 arguments en faveur de la théorie du complot ! Là aussi, de multiples variables sont impliquées dans l’adhésion, il faut donc éviter les théories trop simplistes et monocausales. Nous nous sommes d’ailleurs attelés, avec une équipe de chercheurs, à faire la lumière sur ces variables dans un projet de recherches à l'ANR (Agence Nationale de la Recherche).

Existe-t-il des solutions pour y faire face ? 

La démocratie des crédules est en quelque sorte une dystopie, comme la société de la connaissance est une utopie, mais si l’on veut que le bras de fer ne tourne pas trop en faveur de la première, il convient de prendre la situation très au sérieux. La première réflexion concerne le fait que l’on est confronté à un marché dérégulé, celui de l’information, et qu’il convient de penser les conditions de sa régulation en évitant les mesures liberticides. Je crois par exemple que l’ordre dans lequel apparaissent les informations est primordial. Il ne s’agit pas de censurer des contenus, mais est-il bien normal que l’on trouve sur certains sujets les propositions de la crédulité plutôt que celles de la connaissance ? La structuration de l’offre ne peut qu’avoir un impact statistique sur la demande lorsqu’elle porte sur des sujets sur lesquels les individus sont indécis.

Un autre aspect tient à l’asymétrie de motivation, nous l’avons vu, entre les « croyants » et les autres citoyens. Si chacun occupait une place proportionnelle à ses compétences sur les réseaux sociaux ou les forums, cela rééquilibrerait la visibilité de certains points de vue. Les journalistes ont aussi un rôle essentiel à jouer, tant dans la certification de l’information que dans celle de l’expertise. Et pour finir évidemment, l’éducation nationale détient un rôle-clé, celui de permettre aux jeunes en formation d’être autonomes et critiques face à cet océan d’information. Cela implique aujourd’hui, par exemple, le fait d’être capable de comprendre le fonctionnement de sa propre cognition, et d'avoir conscience des pièges que nous tend notre propre cerveau.

Il existe de nombreuses recherches dans ce domaine et la science peut clairement aider à cette révolution pédagogique pour aider chacun à faire sa déclaration d’indépendance mentale. C’est surtout important de sensibiliser les plus jeunes à ces questions, car ils sont particulièrement confrontés au flux d'information sur Internet et enclins à la crédulité. Les enseignants sont clairement conscients de ces enjeux, mais il faut une coordination nationale pour mettre en œuvre cette révolution pédagogique. L’éducation nationale pourra-t-elle relever ce défi ?

 

[1] Amadieu, T, « Sociologie des jeux de hasard. Croyances et rationalité ».

[2] En 1948, l'URSS institutionnalise la doctrine de l'agronome Trofim Lyssenko selon laquelle la dialectique matérialiste s'applique aux sciences de la nature – l’hérédité n'est pas commandée par des gènes invariables mais dirigée par l'environnement, les conditions de vie. La génétique est alors rejetée comme une « science bourgeoise » et réactionnaire. Un débat intellectuel éclate en France quand le journal communiste Les Lettres Français s'en fait l'écho. Voir « L’affaire Lyssenko ou l’intelligentsia parisienne en délire », Caroline de Kergariou, France Inter.

 

Le cabinet des curiosités sociales, Gérald Bronner, éditions PUF, 276 p., 18€

Gérald Bronner est sociologue. Membre de l'Académie des technologies, il enseigne la sociologie à l'université Paris-Diderot. Auteur du Danger sociologique (PUF, 2017).

 

Photo : Gérald Bronner © Hannah Assouline