Les plaies du père

Les plaies du père

Dans Eddy Bellegueule, il en prenait pour son grade. Il apparaît ici comme la victime d'un système.

Qui a tué mon père est un acte d'accusation. De réconciliation, aussi. Explorant sa relation avec son père, Édouard Louis livre sa vérité du monde social. Il est question d'exclusion, de domination, de non-dit, et néanmoins d'amour. Au moyen d'une narration épurée - alternant récit et essai -, le jeune écrivain revient sur son enfance et sur son milieu populaire. Des scènes, d'une vibrante intensité, se succèdent : un faux concert familial où l'auteur, déguisé en fille, cherche le regard de son père ; une bagarre entre le père et le frère aîné ; des cadeaux de Noël partis en fumée. Tous ces épisodes racontent à la fois la distance entre le père et le fils et l'affection qui persiste. Avec en toile de fond l'indifférence du monde.

Une question traverse le récit : qui est responsable de la souffrance physique et du dénuement de son père ouvrier ? Pour l'auteur, cette souffrance porte des noms : Hollande, Valls, El Khomri, Hirsch, Sarkozy, Macron, Bertrand, Chirac. « L'histoire de ton corps est l'histoire de ces noms qui se sont succédé pour le détruire. L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique. » Le fils le dit encore autrement : « Pour les dominants, le plus souvent, la politique est une question esthétique [...]. Pour nous, c'était vivre ou mourir. » Fidèle à la grande idée de Bourdieu - que le réel est avant tout relationnel -, l'écrivain décrit son histoire et celle de son père en termes de relations et de positions sociales. Ce parti pris analytique n'obère ni la narration ni l'affect qui confluent dans une interrogation : « Est-ce qu'il est normal d'avoir honte d'aimer ? »

QUI A TUÉ MON PÈRE, Édouard Louis, éd. du Seuil, 96 p., 12 E.

Photo : Édouard Louis © Arnaud Delrue/Ed. du Seuil

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