Daniel Cohn-Bendit, supporteur irrationnel

Daniel Cohn-Bendit, supporteur irrationnel

Daniel Cohn-Bendit a voulu prendre le contre-pied de ce qu'on attendait de lui en sortant, cinquante ans après mai 68 et vingt ans après juillet 98, un livre sur le football où se mêlent sport et politique.
Par Jacques Braunstein.

Alors que la Coupe du monde de football débute le 14 juin prochain en Russie, Daniel Cohn-Bendit a voulu « prendre le contre-pied de ce qu’on
attendait » de lui cinquante ans après Mai 68 « en écrivant un livre évoquant le football », lui, le supporteur irrationnel (« je gesticule, me lève, me rassois, hurle, proteste… ») et paradoxal : s’il a peu joué enfant, il enfile régulièrement les crampons ces dernières années pour des matchs entre
commentateurs (il a suivi plusieurs Coupes du monde pour Europe 1). Il confesse qu’il s’est toujours senti « contre l’Allemagne plutôt que pour la
France »… Même après « la loi du sol le 1er janvier 2000 », qu’il appelait de ses vœux et « qui a fait des Boateng, Özil, Mustafi et autres Khedira des champions du monde il y a quatre ans au Brésil ».

Daniel Cohn-Bendit aime « le football de gauche », où « on marque plus de buts que l’on en a encaissé » pratiqué par les Pays-Bas de Cruyff ou le
Brésil de Sócrates. Et pas « le football de droite », qui consiste à « fermer derrière » et est incarné selon lui, depuis toujours, par l’Italie. Il s’inquiète
aujourd’hui de l’argent et du nationalisme qui gangrènent le foot : « Ils auront l’air malin à Barcelone lorsque leur "championnat" se résumera à un
match aller-retour entre le Barça et l’Espanyol avec excursion à Gérone. »

De Kopa à Pogba et d’Eusébio à Cristiano Ronaldo, il se souvient de tout et se montre parfois difficile à suivre pour qui n’a pas son érudition… mais il réussit « une sorte d’autobiographie détournée » qui nous en apprend autant
sur lui que sur plus de soixante ans de foot et de politique internationale.

 

Sous les crampons… la plageDaniel Cohn-Bendit, avec Patrick Lemoine, éditions Robert Laffont, 244 p., 19 €.

 

Jacques Braunstein est journaliste et ancien rédacteur en chef de Technikart. Il a co-signé deux romans graphiques, Les Week-ends du père célibataire et Famille, recompose-toi !  (Hachette littératures).

Photo : Daniel Cohn-Bendit © AFP PHOTO / JOEL SAGET

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