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Bioéthique : sortons des clichés réac !

Written by Irène Théry | Jun 28, 2018 2:13:17 PM

« La PMA aujourd'hui pour les lesbiennes, c'est la GPA demain pour les gays ».

Le 13 janvier 2017, Laurent Wauquiez déclarait à France Info : « On va donc ouvrir la procréation médicalement assistée pour les femmes qui sont en couples. Les couples d’hommes […] feront évidemment une revendication d’égalité […]. Ce qui signifie ce qu’on appelle la gestation pour autrui. »

L’argument de la « discrimination » a été utilisé à juste titre par les associations LGBT à propos de la PMA pour les couples de femmes dès la discussion du projet de loi sur le mariage pour tous. De nombreux experts ont aussi expliqué à l’époque pourquoi on ne pouvait pas justifier qu’on leur permette l’adoption et qu’on leur refuse la PMA. La différence faite entre les deux tenait uniquement à la prégnance en France d’une conception erronée et mensongère de la PMA avec don, présentée comme une « procréation » du couple receveur (dès lors nécessairement hétérosexuel). Si on reconnaît la PMA avec don pour ce qu’elle est, on voit immédiatement qu’il est discriminatoire que les lesbiennes puissent fonder une famille par adoption et pas par PMA. La prochaine révision des lois bioéthiques va très probablement résoudre ce problème, du moins si elle est complète et sécurise le lien de filiation de l’enfant avec ses deux mères dès avant la naissance, comme pour les autres couples.

Mais rien de tout cela ne vaut pour la GPA. Celle-ci est interdite en France pour tous, parce que notre droit la considère, à tort ou à raison, comme une modalité reproductive opprimant la gestatrice. Même ceux qui, comme c’est mon cas, pensent qu’une GPA parfaitement éthique est possible et existe dans certains pays ne parlent pas de « discrimination ». En effet, chacun reconnaît que les dons de gestation, qui engagent la personne de la femme pendant neuf mois de grossesse et un accouchement, sont incomparablement plus complexes, plus risqués, que les dons de gamètes et qu’il serait absurde de dire : « Si le don de sperme est permis il est “discriminatoire” que le don de gestation ne le soit pas. »

Il est pour le moins paradoxal que certains agitent le chiffon rouge d’une prétendue logique fatale qui n’existe pas et que personne ne revendique, uniquement pour s’opposer à un droit légitime. Ayons un débat enfin argumenté et informé sur la GPA, et sans plus attendre occupons-nous de l’urgence : les droits des enfants nés légalement de GPA à l’étranger à la transcription de leur double filiation à l’état civil français. La France a été condamnée cinq fois par la Cour européenne des droits de l’homme : ici on peut parler clairement de discrimination.

 

Contre sept autres arguments réacs sur la bioéthique – comme « La PMA pour toutes les femmes, c'est le triomphe de la PMA de "convenance" »« Pour ces femmes, les hommes ne sont que des distributeurs de gamètes »« On va vers l'eugénisme de masse », « L'autoconservation des ovocytes, c'est pour les carriéristes » – lisez l'intégralité de l'article dans le numéro 7-8 du Nouveau Magazine littéraire, maintenant chez votre marchand de journaux.

 

Photo : © Markus Moellenberg/zefa/Flirt/Photononstop