Beckett raconté par les siens

Beckett raconté par les siens

À l'occasion de la parution d'un dossier littéraire sur Samuel Beckett dans le numéro 6 du Nouveau Magazine littéraire, découvrez Beckett vu par ses proches dans cette archive du mensuel.
Introduction par Eugénie Bourlet.

Fin avril paraissait dans la collection Blanche de Gallimard le dernier tome d'une sélection de la correspondance de Samuel Beckett. Au total, une sélection de 2500 écrits à ses proches. L'auteur avait préconisé à Jérôme Lindon, son exécuteur littéraire : « Je veux bien qu'on publie mes lettres après ma mort, mais uniquement celles qui concernent mon oeuvre ». L'intérêt est premièrement d'y lire son travail de création littéraire et ses influences. On découvre ainsi dans l'un des quatre volumes publiés les lettres du tout jeune écrivain à James Joyce relatives à Finnegans Wake, que ce dernier vient alors de publier, son intérêt pour la littérature européenne, Dante, Goethe, Racine… Une mise en lumière, donc, de ses avant-travaux et de sa nourriture intellectuelle. 

Cela étant, la démarcation entre ce qui présente un intérêt pour aborder la galaxie de l'oeuvre beckettienne et sa vie plus proprement intime est bien malaisée à définir. Fatalement, l'une et l'autre sont imbriqués. D'abord, la galerie de personnages que Beckett a créée révèle dans chacun un peu de leur auteur, de Malone, qui se croit « le dernier du genre humain », à Krapp, « ce pauvre petit crétin ». Non seulement l'humain se retrouve dans l'oeuvre, mais l'oeuvre se retrouve réciproquement dans le quotidien de l'humain. Pour reprendre l'interrogation de Paul Auster, « est-ce que l'écrivain possède une existence réelle ? », force est de constater que Beckett, non seulement est un homme qui vit par-delà sa pensée littéraire, aimant le sport, les femmes, la musique, mais que cette vie éclaire son oeuvre tragi-comique placée sous le sceau du banal et du quotidien. Sa personnalité dénote un être en proie à la douleur, possédant toutefois un formidable sens de l'humour. Pour cette raison, sa correspondance est partie intégrante de l'étude de son oeuvre, et possède une valeur bien plus qu'anecdotique.

Les relations personnelles de Beckett donnent ainsi la dimension de l'oeuvre à travers l'humain, et le dossier publié ici fait écho à l'idée selon laquelle on découvre ses écrits à travers lui-même mais aussi à travers les siens. James Knowlson, biographe de l'écrivain, parle d'un « être très ironique avec sa souffrance ». Pour Ludovic Janvier, qui travailla avec lui sur la traduction de Watt« il était comme tout le monde, buvait, mangeait, riait ». John Calder, qui édita en anglais l'ensemble de ses romans, le voit au détour d'une conversation sur Hemingway « hanté par la mort ». Quant à Roger Kempf, il explique qu'il « fallait se faire à ses silences »…

Ces articles sont parus pour la première fois dans le numéro 372 du Magazine littéraire, « Beckett raconté par les siens », daté de janvier 1999.

DOSSIER :Beckett raconté par les siens

 

Photo : (1) Samuel Beckett © John Haynes/Lebrecht Music & Arts - (2) Roger Kempf © PIERRE ANDRIEU/AFP - (3) Ludovic Janvier © Jacques SASSIER/Gallimard via Opale/Leemage - (4) Samuel Beckett © FRAN CAFFREY/AFP