Attaques dans l’Aude : « bannir tout fanatisme au sein de l'Islam »

Attaques dans l’Aude : « bannir tout fanatisme au sein de l'Islam »

L’islamologue Ghaleb Bencheikh réagit à l'attentat dans l'Aude revendiqué par l'État islamique. Alors que l'Islam fait de nouveau face au terrorisme, il appelle les musulmans, qu'ils soient théologiens, philosophes ou simples croyants, à être partie prenante dans la refondation de la pensée islamique.

« A chaque fois qu'un tel crime est commis, que des vies humaines sont fauchées au nom d'un Islam radical, un sentiment d'indignation et de profonde tristesse se mêlent.

Encore une fois, nous ne devons pas abdiquer. Nous devons restés déterminés et résolument fermes sur des principes à la fois d’humanisme, de fraternité et de paix possible entre les hommes. Nous devons tout faire pour continuer à expurger tous les discours de haine et toutes les logorrhées dégénérées cultivés par des idéologues et doctrinaires jouant sur les frustrations et le ressentiment.

Dans ce travail de vigilance et d’expurgation, il ne suffit pas de dénoncer et de s’indigner. Nous devons mettre en œuvre un travail d’assainissement collectif des germes de fanatisme et d’extrémisme au sein de l'Islam. Il est crucial que notre religion parvienne à mettre au ban de l’humanité les radicaux et les terroristes qui se prévalent d’un supposé idéal religieux. Tout fanatisme est à bannir au sein de l'Islam.

Si les hiérarques islamiques commencent à condamner ce fanatisme religieux, nous payons cher leur inertie et leur pusillanimité au moment des premières attaques terroristes de ce type depuis maintenant deux décennies.

En tant que citoyen, il nous incombe d'œuvrer inlassablement pour cette refondation de la pensée théologique qui doit aller de paire avec le respect de la dignité humaine. Les musulmans, qu'ils soient penseurs, théologiens, philosophes, ou des simples croyants, doivent se sentir non seulement concernés mais partie prenante de ces chantiers que sont la liberté de conscience, la désacralisation de la violence, l’éducation à l’altérité, à l’égalité, par-delà les genres et les appartenances confessionnelles.

Une gageure de ce travail sera de dépasser la double injonction paradoxale qui consiste à demander aux musulmans de se fondre au sein de la nation française sans aucun particularisme ni déterminisme, tout en exigeant qu'ils dénoncent cette barbarie comme musulmans.

Nous sommes devant un immense travail d’éducation et de préparation de l’homme et de la femme fidèles à la tradition religieuse islamique ; et ce, d’autant plus dans un pays comme la France où nous disposons de la liberté pour le faire. Ce travail d’investissement intellectuel mais aussi dans la vie de la cité est nécessaire. Les musulmans doivent le porter comme citoyens. »

Propos recueillis par Simon Blin

 

 

Ghaleb Bencheikh est théologien, philosophe et président de la Conférence mondiale des religions pour la paix. Producteur de l’émission « Questions d'islam » sur France Culture.

Photo : Ghaleb Bencheikh © Godong/Leemage

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