« Le PIB est un indicateur imparfait »

« Le PIB est un indicateur imparfait »

À son plus haut niveau depuis six ans, le PIB de la France a connu une croissance de 1,9 % en 2017, selon les données publiées par l'Insee fin janvier 2018. Pour Eric Heyer, directeur du département Analyse et Prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), cet indicateur possède toutefois quelques limites.

La dernier dernier relevé du Produit intérieur brut (PIB) en France affiche une croissance revenue, mais cet indicateur est contesté. Sur quels critères jugerez-vous la réussite de ce quinquennat ?

Le PIB est un indicateur utile, mais qui a des limites. Tout comme le déficit public ou encore le chômage, qui rythment et focalisent le débat public. Il convient de développer d’autres outils pour prendre en compte la qualité de l’emploi, le taux de pauvreté ou encore de précarité. La réussite de ce quinquennat pourrait ainsi être mesurée à l’aune de l'augmentation ou de la réduction des inégalités.

À qui peut-on attribuer cette embellie du PIB de 1,9 % en 2017 ?

Comme souvent en économie, les causes sont multifactorielles. Cette reprise s’explique à la fois par des facteurs exogènes et des facteurs intérieurs. Depuis 18 mois, l’environnement mondial est plutôt favorable, avec une baisse du prix du baril, un euro déprécié et des taux d’intérêt bas. Et dans le même temps, Emmanuel Macron récolte les fruits de la politique économique du précédent quinquennat. Le Crédit d’impôt pour la compétitivité de l’emploi (CICE) et le pacte de responsabilité ont permis aux entreprises de restaurer leurs marges. Mais à court terme, cette politique avait négativement affecté la croissance économique puisqu’elle s’était accompagnée d’une augmentation d’impôts. 

Cette croissance va-t-elle permettre la réduction du chômage ?

De manière mécanique, la croissance économique a réduit le chômage. Ainsi, 260 000 emplois ont été crées dans le secteur privé en 2017. Mais concurremment, il y a eu 140 000 nouveaux entrants sur le marché du travail. Soit 120 000 créations d’emplois, ce qui ne représente pas une augmentation substantielle. En outre, le taux de croissance actuel est trop faible (1,9 %) pour permettre de lutter contre un chômage de masse. 

Les réformes économiques de Macron ont-elles joué un rôle ? 

Les réformes de Macron n’ont pas eu beaucoup d’incidence sur la croissance de 2017. Sa réforme du marché du travail a même pu avoir un impact négatif provisoire sur l’emploi, de manière marginale et en fin d’année. Le budget 2018 est un budget de transfert, neutre macroéconomiquement : il n’a vocation ni à stimuler ni à freiner la croissance mais à redistribuer la richesse. En revanche, le fait majeur est qu’on a enfin arrêté les politiques d’austérité.

 

Eric Heyer est directeur du département Analyse et Prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

 

Propos recueillis pas Pierre Natnaël Bussière

Photo : Figurine en plastique debout sur des découpes de journaux © JOEL SAGET/AFP