I can get no

I can get no

Il a tout et a envie de tout détruire. Réédition d'un classique de la Grande Dépression.

Certains ont vu dans ce classique de 1934 loué par Hemingway mais refusé par Hollywood (trop noir) une métaphore de la Dépression. On peut aussi le lire comme la chronique d'un destin inéluctable - une tragédie parfaite et glacée. À Gibbsville, Pennsylvanie, Julian English s'apprête à affronter Noël. Sur le papier, tout lui sourit : une épouse ravissante, un business qui roule... Dans son cercle social, il est un type en vue. Un peu trop ? Lors d'une soirée au Country Club, il balance son verre à la figure d'un convive. Son père, dont le propre paternel a mal fini, s'inquiète. Caroline, l'épouse modèle, intime à son homme de rattraper le coup. Mais Julian, avec une inexplicable assiduité, s'emploie à tout gâcher. Soirées ruinées, scènes de ménage, beuveries à gogo... La carapace se fissure et les imprudences s'enchaînent. Jusqu'à ce que Helen, la poule d'un bootlegger, soit culbutée sans passion sur une banquette arrière...

« Pauvre type [...], tu me fais pitié », se morigène Julian, qui semble jouir de son malheur. Caroline, comme le lecteur, est fascinée par cette pulsion autodestructrice. « Je voudrais que tu meures parce que tu as tué en moi quelque chose de beau », gémit-elle. Auprès de sa mère, elle évoque le divorce. Du calme, lui répond cette dernière. Tu sais comment sont les hommes. Pris au piège de sa propre existence, Julian, lui, est déjà ailleurs : enfermé dans sa voiture, il attend. « Il ne souhaitait aucun retour en arrière, et à partir de là, il se demanda où il voulait aller. » La réponse, donnée à 20 pages de la fin, laisse pantois.

RENDEZ-VOUS À SAMARRA, John O'Hara, traduit de l'anglais (États-Unis) par Marcelle Sibon, édition révisée par Clément Ribes, éd. de l'Olivier, 288 p., 22 E.

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« Amazonia », Patrick Deville, éd. du Seuil