Hommage à Nicky Fasquelle, ex-directrice du Magazine Littéraire

Hommage à Nicky Fasquelle, ex-directrice du Magazine Littéraire

Nicky Fasquelle, directrice du Magazine littéraire durant plus de trente ans, a été emportée par le Covid dans la nuit du 12 au 13 avril.

Par Serge Sanchez

Le Magazine littéraire, c’était elle. Durant plus de trente ans, de 1970 au début des années 2000, Nicky Fasquelle a imprimé sa marque, ou plutôt un état d’esprit fait de bonhomie apparente, d’acuité et surtout d’un amour inconditionnel pour la littérature et les écrivains, sur ce mensuel unique dans le monde des lettres. Une réussite quand on mesure ce que la défense de la culture demande de lutte, d’énergie, de savoir-faire.

Les bureaux du magazine se trouvaient alors rue des Saint-Pères, à deux pas de Saint-Germain-des-Prés, non loin de la brasserie Le Rouquet et surtout à quelques enjambées des éditions Grasset, que dirigeait alors son mari, Jean-Claude Fasquelle. Cela peut paraître un autre temps. Moretti dessinait les couvertures. On tapait les articles à la machine et l’on apportait son « papier » directement à la rédaction. On n’avait pas encore inventé le virtuel. Et c’était bien ainsi. Jean-Jacques Brochier, cigarette aux lèvres, occupait le bureau de droite. À gauche, Jean-Louis Hue, écrivain tout en finesse et discrétion, son adjoint, et l’excellent ami Jacques Gaiotti, qui composait la maquette… Nicky Fasquelle apparaissait toujours accompagnée d’une sorte de rayonnement, de gaieté et de naturel, que la mort, qui fait aux êtres qu’on a croisés comme un arrière-fond, fait ressortir aujourd’hui avec un contraste un peu troublant.

Le très juste hommage de Yann Moix publié sur le site de La Règle du jeu confirme cette impression. C’est très juste, ce rire, cette façon de s’amuser de ce que les autres considèrent avec un sérieux par trop compassé. Au Magazine, on trouvait un peu plus que des confrères, une sorte de famille, une famille recomposée comme il se doit sous la protection d’une littérature vivante. Les vagabonds (célestes) y avaient leur place, et un prix Nobel pouvait être durement, et définitivement, jugé sur pièces. On n’avait que faire des académies. On ne montrait pas patte blanche au Magazine. On faisait ses preuves par l’écrit. C’était simple.

Ce naturel sans concessions correspondait finalement à des valeurs morales qui n’admettaient pas la tricherie. Rester soi-même, ce n’est pas si simple. Il ne faudrait cependant pas oublier que Bernard-Henri Lévy est entré chez Grasset grâce à Nicky. On connaît la suite. Umberto Eco, c’est elle aussi. L’auteur du Nom de la rose lui rappelait évidemment ses origines italiennes.

Mais rien ne s’arrête. Le narrateur de La Recherche se demandait si quelque chose, comme une âme, avait survécu dans les objets qu’avait laissés après elle la tante Léonie. Il ne faut pas en douter puiqu’aujourd’hui encore, pour ceux qui l’ont connue, la luminosité et le regard pétillant de Nicky Fasquelle continuent de vivre sous chacune des couvertures du Magazine littéraire.

 

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