Camus, 60 ans après sa mort : une pensée toujours exigeante

Camus, 60 ans après sa mort : une pensée toujours exigeante

Le 4 janvier 1960, Albert Camus disparaissait dans un accident de voiture. Marylin Maeso, notre chroniqueuse philo, spécialiste de Camus, publie un nécessaire Abécédaire d'Albert Camus et contribue à un documentaire riche et réussi sur la vie de l'homme des révoltes et des nuances.

Par Aurélie Marcireau

Écrivain et philosophe – tantôt étiqueté communiste et parfois social-traître –, d’aucun bord et de toutes les humanités, voilà ce qui nous attache à Camus. Une silhouette à la Bogart, un refus des snobismes et des donneurs de leçons bien au chaud dans leurs fauteuils, ses amours et ses fièvres, voilà ce qui nous lie définitivement à lui. Il y a soixante ans, la voiture conduite par son ami Gallimard s’écrase contre un platane sur une route corse. On retrouve alors dans son cartable ce qui reste pour certains son meilleur livre, Le Premier homme. Albert Camus est toujours lu dans le monde entier et ses écrits sont d'une grande actualité. Nous lui avons consacré un dossier en décembre, coordonné par Marylin Maeso, professeur de philosophie et spécialiste de Camus. Celle qui chronique avec intelligence le monde chaque mois dans nos colonnes publie L'Abécédaire d'Albert Camus (éd. de l’Observatoire) et contribue à un documentaire diffusé le 4 janvier sur Public Sénat.

Elle ouvre ainsi son choix de textes par cette phrase si juste : « Choisir la voie du dialogue au siècle de la polémique, de la nuance sous le règne du manichéisme tout-puissant, et de la limite opposée à une démesure incontestée, revenait, Camus le savait, à se condamner à l’exil parmi ses contemporains ». Dans cette sélection de textes, d'« Abbas » à « Yin et Yang », on lira avec attention les entrées sur « L'intelligence » et « L’homme révolté » qui permettent de cerner le coeur de la pensée de l’ancien journaliste. Nous pourrons sourire de l’entrée « Football » qui rappelle : « le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les scènes de théâtre et dans les stades de football qui resteront mes vraies universités ». Plus inattendue, l’entrée « Économie et liberté » : « Notre idée est qu'il faut faire régner la justice sur le plan de l'économie et garantir la liberté sur le plan de la politique. Puisque nous en sommes aux affirmations élémentaires, nous dirons donc que nous désirons pour la France une économie collectiviste et une politique libérale. Sans l'économie collectiviste qui retire à l’argent son privilège pour le rendre au travail, une politique de liberté est une duperie ». Et ainsi encore de Don Juan, qui « met en acte une éthique de la quantité au contraire du saint qui tend vers la qualité ». Cette sélection de textes est une formidable traversée des écrits camusiens plus ou moins connus. 

Camus ne croyait pas aux révolution définitives, écrit Marylin Maeso dans son ouvrage. C’est ce que prouve le documentaire signé Fabrice Gardel et Mathieu Weschler diffusé le 4 janvier à 21 heures sur Public Sénat. Camus, l'icône de la révolte raconte une vie qui n'a « jamais été médiocre » selon la fille de Camus : son enfance, l’important M. Germain, les femmes, les engagements… Des images peu connues de Camus mêlées aux éclairages de notre collaboratrice mais également de Raphaël Enthoven, de la fille de Camus, ou encore d’Abd al Malik (slameur, auteur d'un livre sur Camus et metteur en scène d'une adaptation des Justes au théâtre du Châtelet à l’automne dernier) livrent un portrait sensible de ce bel homme, heureux sur un stade de foot, dôté d’un humour fou… Un rigolard, « gardien de valeurs » pour Abd al Malik, qui estimait que le bonheur était une activité originale. Elle l'est toujours aujourd’hui.

 

À lire : 

L'abécédaire d’Albert Camus, Marylin Maeso, éd. de l'Observatoire, 235 p., 19 € 

« Albert Camus, la révolte et la justice », dossier du Nouveau Magazine littéraire N°24 (dâté décembre 2019)

À voir : 

Camus, l'icône de la révolte, de Fabrice Gardel et Mathieu Weschler, première diffusion le 4 janvier à 21h sur Public Sénat

 

Photos : Couverture du livre L'abécédaire d'Albert Camus / Images du documentaire Camus, l'icône de la révolte

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À lire : HISTOIRE DE LA COLONNE INFÂME, Alessandro Manzoni, traduit de l'italien par Christophe Mileschi, éd. Zones sensibles

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► Musique des archétypes : Pascal Dusapin, l’un des plus grands compositeurs contemporains français, présente son rapport à Shakespeare et en particulier à Macbeth.

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► Les secrets du Mossad : entretien avec Ronen Bergman, auteur du best-seller mondial Lève-toi et tue le premier.

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