Notre-Dame de l'imaginaire

Notre-Dame de l'imaginaire

« Notre-Dame-de Paris n’est pas seulement un édifice sacré au cœur de Paris. Depuis que Victor Hugo l’a mise en mots, depuis qu’il l’a réédifiée par la structure gothique de son roman, elle est aussi devenue une cathédrale imaginaire… » Notre-Dame de Paris vue par Alexis Brocas, rédacteur en chef adjoint du Nouveau Magazine littéraire. 

On pourrait en faire le kilomètre zéro depuis lequel se déploient toutes les tentatives de roman total si chères à la modernité… Notre-Dame-de Paris n’est pas seulement un édifice sacré au cœur de Paris. Depuis que Victor Hugo l’a mise en mots, depuis qu’il l’a réédifiée par la structure gothique de son roman, elle est aussi devenue une cathédrale imaginaire, où Esmeralda, Frollo, Quasimodo rejouent leurs amours pour l’éternité. Après l’incendie, des milliers de lecteurs se sont précipités pour commander le roman et retrouver Notre-Dame intouchée, du temps de sa gloire… Pour que les pouvoirs nécromants de la littérature éloignent la réalité de l’incendie. 

Il serait assez vain de faire le tour des écrivains qui ont évoqué la cathédrale – autant recenser tous ceux qui ont évoqué Paris, de Balzac à Péguy. On y a implanté des polars (récents). On l’a chantée en vers (Gautier et Nerval), avant de la hurler en variété. Et au fil des citations, des explorations, des adaptations, Notre-Dame a connu le sort des archétypes littéraires : elle est devenue un édifice iconique, qu’on pouvait voir sur scène de Broadway à Pékin. Une sorte de double fantôme de la Notre-Dame réelle, planant comme un ballon, que seul un mince fil retenait au bâtiment originel. Les touristes qui s’y aventurent ne cherchent-ils pas les ombres fictives des héros hugoliens ? Combien de fois, quand sonnaient les cloches, a-t-on prononcé le nom de Quasimodo ?  

Nous avons confondu longévité et permanence. Peut-être parce que Notre-Dame se dresse pour l’éternité dans notre imaginaire, nous pensions qu’il en irait de même dans la réalité. Un incendie à Notre-Dame ? Tout bonnement impensable. Un scénario de mauvais roman catastrophe. Mais la réalité a un avantage sur la fiction : elle peut se permettre d’être grossière. Hier, nous avons assisté à la revanche des faits sur l’imaginaire.    

 

Photo : Notre-Dame de Paris, 26 mars 2017 © Lionel BONAVENTURE/AFP

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Ceux qui restent, Benoît Coquard, La Découverte, 280 p., 19 €.

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