Les sociétés ont besoin de maudits pour créer leurs héros

Les sociétés ont besoin de maudits pour créer leurs héros

Notre société a besoin de héros. Elle en fabrique souvent quitte à tordre un peu l'histoire. Des constructions qui permettent de créer de la cohésion, du récit fédérateur. Mais derrière les héros se cachent leurs maudits. C'est le thème de La Fabrique de la gloire (Puf), le dernier livre de l'historien Laurent Avezou. 

Quelle est la singularité du héros par rapport au saint ou au mythe ?

Laurent Avezou : « Héros » est un terme commode qui me permet de synthétiser plusieurs catégories distinctes, mais comportant des points communs. Le héros se distingue en effet des personnages de légende ou des morts prestigieux que sont le dieu, l’ancêtre et le saint. Mais il participe aussi de ces différentes catégories. Défini au sens propre, depuis le poète grec Hésiode, comme un demi-dieu, fruit de l’union entre une mortelle et un dieu, le héros est d’abord, pour reprendre les mots d’Henri Hubert, « la forme temporelle du dieu », placé entre le divin et l’humain, entre le mythe et l’histoire.

Mais le héros est aussi un ancêtre, une figure fondatrice, à laquelle est rendu un culte. Ce qui lui vaut cette distinction, c’est la force qui est prêtée à ses gestes et hauts faits par-delà son trépas (et non ce trépas en soi, ce qui le distingue du martyr). Leur remémoration à travers le culte est conditionnée par l’espoir d’un recommencement, d’un retour à l’âge d’or, constitutif de ce mythe de l’éternel retour qu’évoquait Mircea Eliade.

Enfin, et en empruntant encore la formule à Henri Hubert, le héros est la « forme séculière et politique du saint », aussi édifiant que lui, mais pas par les mêmes actes. Alors que, par définition, le saint est moralement irréprochable, le héros, par ses faiblesses et ses échecs, apparaît dans une humanité qui le rapproche des hommes ordinaires.

Pourquoi ce besoin qu’il soit humain ? À quel moment intervient-il ? 

L. A. : Par souci d’incarnation collective. Qu’il soit un individu réel, comme Alexandre, ou mythique, comme Thésée, les actes et les sacrifices du héros ont, avec le temps, fini par représenter, à travers des récits « devant être lus » (des légendes, au sens littéral du terme), les valeurs, les idéaux et les aspirations d’un groupe social, ainsi que sa légitimation dans l’espace politique : Thésée vide l’Attique de ses brigands et légitime ainsi la domination d’Athènes sur cette péninsule, comme Alexandre apporte à l’Asie « barbare » le « génie » grec et le fait ainsi changer d’échelle, sortir de la confidentialité de la cité en le dilatant à l’échelle du monde.

Donc, le héros intervient quand le temps de l’histoire et du politique se substitue à celui de l’éternité et du divin. On pourrait donc le dater de l’émergence de la pensée rationnelle dans la Grèce du VIe siècle avant J.-C. Mais, en réalité, chaque époque, chaque société, sécrète les héros dont elle a besoin : les fondateurs de cités ou d’empires, dans l’Antiquité gréco-romaine ; les saints, considérés comme membra Christi, membres du Christ, pour une religion révélée reposant sur le dogme de l’Incarnation ; les rois des monarchies absolues (qui excluent toute autre forme de héros) ; les chefs de guerre et les législateurs, pour les sociétés en voie de stabilisation, dans l’Europe des nationalités ; les grands hommes, apparus au XVIIIe siècle par lassitude des catégories précédentes, qui sont forcément des personnages historiques, se distinguant, non par des exploits surhumains, mais par leur labeur, leurs mérites utiles à la communauté ou à l’humanité ; enfin les idoles, qui sont les icônes des héros, leur image figée, poussant au culte de la personnalité qui culminera dans les États totalitaires.

Quel est le point commun entre vos maudits ?

L. A. : C’est qu’ils ont été maudits par l’histoire, car ils furent, ou auraient pu être, eux aussi, des héros ! Marc Antoine marchait sur les pas d’Alexandre, ce que sa défaite devant Octave a fait oublier. Nous connaissons tous le « bon roi » Henri IV. Mais qui verrait aujourd’hui dans son ministre Sully (pour autant qu’on se souvienne de lui, d’ailleurs) un héros martial, comme il aurait voulu être perçu, ou un grand homme, comme il l’a été aux XVIIIe et XIXe siècles, époque où on fit de lui le modèle du ministre laborieux et philanthrope ? Héros avorté et grand homme oublié, Sully s’est effacé derrière Henri IV.

On l’aura compris : mes maudits ne doivent pas être confondus avec les méchants, catégorie dont je n’ai pas l’angélisme de nier l’existence, mais dont la subjectivité morale ne m’intéresse pas, du moins pas ici. Ce qui me retient, c’est la réversibilité des héros et des maudits, leur faculté à échanger leurs signes en fonction du contexte historique : le fait que Louis XI ait été l’archétype grimaçant du tyran et du mauvais roi, de la Renaissance à l’époque romantique, avant de devenir le parangon du constructeur de l’État moderne, donc de l’État de droit, à la fin du XIXe siècle. Comment s’expliquent de tels retournements de perception : voilà ce qui me préoccupe.

Mes maudits ne sont pas non plus les oubliés de l’histoire, tardivement ramenés au grand jour depuis la poussière des archives. Car mon enquête ne porte pas sur l’historicité de mes personnages, mais sur leur représentation, même si j’interroge l’écart entre les deux. Donc, cette représentation implique tout de même une certaine ancienneté dans la notoriété !

Pourquoi les héros ont-ils besoin de maudits ? Jeanne d’Arc serait donc moins sainte sans Isabeau de Bavière ? 

L. A. : Parce que l’histoire est enquête, et que toute enquête repose sur le raisonnement par thèse et antithèse, dans le but de déboucher sur une synthèse, d’ailleurs toujours incertaine et évanescente (puisque l’histoire n’est pas une science exacte). Alors, en examinant mes héros en doublon avec des maudits, je voulais retrouver cette démarche dialectique.

Or, on s’aperçoit que, consciemment ou inconsciemment, les sociétés fonctionnent comme les individus : elles aiment à proportion qu’elles exècrent. Dans l’exemple que vous souleviez, il est frappant que l’engouement pour Jeanne d’Arc (personnage à l’écho très assourdi jusqu’au milieu du xixe siècle) soit contemporain de l’exécration d’Isabeau de Bavière, la reine qui est censée avoir livrée la France aux Anglais, car elle est allemande (à l’époque où la France se découvre en l’Allemagne une nouvelle ennemie héréditaire, sans pour autant oublier l’ancienne qu’est l’Angleterre) et incarne par ses débauches supposées toutes les tares d’une monarchie viciée. Face à elle, la Pucelle, modeste bergère (ce qu’elle n’était pas tout à fait) est désormais la fille du peuple, celle qui sauve la nation malgré la royauté, et même sa foi, limpide et lumineuse, est l’antithèse du cléricalisme étroit des évêques. Comme si cette lumière avait besoin de cette ombre.

C’est ce qui explique aussi que j’aie laissé à leur splendide isolement des figures historiques qu’on aurait pu s’attendre à trouver dans mon étude, car à qui aurais-je pu les comparer ? Je pense à Napoléon, bien sûr, mais aussi à Alexandre et César (quand bien même le second se réclamait du premier et aurait très bien pu aussi être confronté à Auguste, qui a réussi là où lui avait échoué à fonder un empire).

Quels sont les retournements les plus intéressants pour vous ? 

L. A. : C’est, encore une fois, quand le héros d’une époque devient le maudit d’une autre. Pendant un quart de siècle, Pétain a cultivé son image de marque de « vainqueur de Verdun » (alors qu’il n’en a été que le sauveur, la bataille de Verdun ayant été terminée par un autre). Cette image, il l’a dilatée à l’échelle nationale, en se présentant, à l’été 1940, comme le consolateur de la défaite face à l’Allemagne, une image qui se craquelle dès l’automne devant la réalité de la collaboration d’État qu’il assume avec Hitler. Mais, comme était insupportable à beaucoup l’idée que ce digne vieillard de 84 ans ait pu trahir la confiance qu’avaient placée en lui les Français, on voit se forger après la guerre le mythe compensateur de « Pétain le bouclier et de Gaulle le glaive », reposant sur l’idée que le Maréchal aurait endormi la méfiance de l’occupant pour permettre au Général de préparer la Libération, alors qu’il n’y a jamais eu connivence entre les deux personnages, bien au contraire !

Il y a aussi le phénomène des vases communicants, auquel renvoie le premier binôme que vous me proposiez. Clovis a vécu cinq siècles après Vercingétorix et pourtant, comme héros, il a été inventé bien avant lui ! Clovis, c’est le baptême de la France, l’union de l’énergie guerrière d’un roi germanique avec la civilisation romaine et chrétienne. C’est le héros fondateur de la monarchie. Or, au milieu du XIXe siècle, la France ne veut plus de ses rois. Et c’est alors qu’on voit émerger la figure de Vercingétorix, qui n’était pas un inconnu (il suffisait de lire César), mais n’avait la notoriété d’un héros que dans sa petite patrie, l’Auvergne. Désormais, avec les Gaulois, la France se redécouvre un passé national antérieur à Rome, antérieur aux rois. Ce n’est pas encore la République, mais c’est déjà un peuple de guerriers libres et qui savent se montrer grands dans la défaite : Vercingétorix, c’est la France nationale, alors que Clovis, c’est la France royale.

Les vases communicants sont une des trois catégories avec lesquelles vous structurez votre livre, mais elles évoluent notamment en fonction des mouvements des sociétés ? Ou des préjugés de l’époque (Mazarin par exemple) ?

L. A. : Je suis allé du plus évident au plus dialectique. Les antagonismes sont les binômes les plus compréhensibles, comme celui qui oppose Abélard le penseur rationnel à saint Bernard le zélateur de la foi non raisonnée. Viennent ensuite les complémentarités : Sully assistant Henri IV, Mazarin accomplissant Richelieu, de même que Staline accomplit Lénine. Les vases communicants sont la plus dialectique de mes catégories de binômes. J’y examine comment les vertus d’un héros peuvent être reversées sur un autre, et parfois de leur vivant : c’est le cas de Mussolini, littéralement siphonné par Hitler, l’élève qui dépasse le maître. Ou encore de Gaulle, le vrai sauveur, après Pétain le sauveur imposteur.

Mais, comme vous l’avez souligné, ces catégories sont mouvantes, car elles intéressent non les réalités historiques, mais ses représentations, et elles évoluent avec l’histoire. Il a fallu des siècles pour que Mazarin soit perçu comme le digne continuateur de Richelieu : pendant longtemps ont dominé à son égard les préjugés xénophobes à l’égard d’un ministre d’origine italienne, et qui, de plus, en imposait moins que son prédécesseur. Quant à Staline, qui voulait être perçu comme le continuateur de Lénine, il en est devenu la déviation honnie, au temps de la déstalinisation, avant d’en redevenir le continuateur à la chute de l’URSS, mais pas pour les mêmes raisons qu’au départ : les deux personnages étaient désormais réunis pour stigmatiser l’échec du système soviétique, et non plus son triomphe.

Les chassés-croisés entre personnages s’affolent parfois au rythme serré des retournements de la vie politique contemporaine. C’est particulièrement vrai avec les figures révolutionnaires : depuis plus de deux siècles, Danton et Robespierre sont alternativement les héros et les maudits de camps idéologiques opposés et eux-mêmes fluctuants.

Jaurès-Clemenceau ou Voltaire-Rousseau : comment distinguer aujourd’hui le héros du maudit ?

L. A. : C’est que la malédiction qui touche, à leur manière, chacun de ces personnages est tout intellectuelle ! Celle de Jaurès est d’avoir été bornée au pacifisme par sa fin tragique en 1914 : le martyre a court-circuité en lui les vertus combatives du socialiste réformateur et du marxiste humaniste. Ce qui a assuré sa consécration publique – la toponymie urbaine est saturée de Jaurès – s’est fait au détriment de sa complexité historique. Même constat pour Clemenceau, mais avec plus de manichéisme : des camps politiques opposés se complaisent à ne retenir de lui qu’une dimension, soit le Premier flic de France, soit le Père la Victoire. Mais leur confrontation révèle un trait commun : les contradictions de la gauche républicaine à l’épreuve du pouvoir.

Voltaire et Rousseau, c’est autre chose, et d’abord une différence de style, entre le sourire facétieux combiné à l’engagement pour de grandes causes judiciaires du premier et l’idéalisme mêlé de lucidité désabusée du second. Leur malédiction commune a pour nom récupération : « les deux lampions des Lumières », comme les a plaisamment désignés Jean-Marie Goulemot, sont suspendus au-dessus de la Révolution et ne semblent être nés que pour l’éclairer, et d’un éclairage curieusement croisé. Voltaire, ce serait plutôt 1789 et la Liberté, Rousseau, plutôt 1792 et l’Égalité. Schématismes, encore.

L’héroïsation s'accompagne donc d'un appauvrissement du personnage historique. Pour lequel de vos héros est-ce le plus dommageable ?

L. A. : Mais pour tous ! La mission du héros, qu’il soit fondateur, grand capitaine, roi, grand homme, étant déterminée par sa mise au service de la collectivité, il convient d’occulter tout ce qui gênerait cette finalité. D’Auguste ne restera ainsi que la concorde et la clôture des guerres civiles, au détriment de tout ce qu’il avait fait pour les attiser dans leur dernière phase. D’Abélard, qui cherchait à harmoniser foi et raison, ne subsistera qu’un chantre de la sécularisation des sociétés. Et il en est de même pour les maudits. D’Isabeau de Bavière, qui n’était certes pas une tête politique remarquable, mais pas non plus le mauvais génie décrié par l’âge romantique, ne demeurera que la signature d’un traité avec le roi d’Angleterre auquel elle avait été acculée par son allié forcé le duc de Bourgogne. L’histoire propose, la légende stylise.

Existe-t-il des singularités nationales, une spécificité française ?  

L. A. : Je me suis refusé à enfermer mon propos dans l’hexagone, en réservant à l’étranger un tiers de mon effectif de binômes, parce qu’il y a des figures qui dépassent l’horizon national par leur portée universelle, pour le plus exaltant (l’antagonisme Octave-Antoine, qu’on habille instinctivement en péplum) comme pour le plus répulsif (Mussolini-Hitler), ou parce que leur portée mondiale se perçoit d’elle-même, dans le cas de Lénine et Staline.

C’était aussi une manière d’éprouver la validité d’une tournure dialectique sur d’autres cieux qu’européens. C’est ce qui m’a porté à tenter la comparaison entre – exceptionnellement – trois figures fondatrices du Japon moderne : les seigneurs de guerre Nobunaga, Hideyoshi et Tokugawa qui, au tournant des XVIe et XVIIe siècles, ont substitué, en quelque sorte, l’ordre féodal à l’anarchie féodale, par un cheminement qui les rend indissociables. De même, j’ai voulu voir comment, en Amérique du sud, au temps des guerres d’indépendance, la relégation d’un libérateur, San Martín, dans l’espace national argentin, avait participé de la mise en exergue de l’autre libérateur, Bolívar, au niveau de tout un sous-continent.

Mais force est de reconnaître que ce que je connais le mieux reste tout de même l’imaginaire historique français. A-t-il une spécificité ? Peut-être celle d’être saturé d’histoire politique. Là où bien des nations, surtout d’Europe centrale et orientale, se sont affirmées à travers des figures littéraires, l’ancienneté de l’État en France a contribué non seulement à une mise en vedette des personnages politiques, rois (Clovis, Louis XI, Louis XII, Henri IV) ou grands commis (Sully, Richelieu, Mazarin), notamment, mais aussi à une politisation presque systématique même des personnages apolitiques : le lettré Abélard et le moine saint Bernard, encore une fois, ont été réinventés, sous la IIIe République, au prisme de la lutte entre les deux France, cléricale et anticléricale. Et il en est de même pour Voltaire et Rousseau, dont on finirait par oublier qu’ils étaient avant tout des hommes de lettres.

Quel type de héros pour notre époque ?

L. A. : Notre présent, habitué au zapping, semble fatigué des héros. Par effet de saturation, d’abord : on peut le comprendre, au sortir d’un XXe siècle qui a vu l’héroïsation s’abîmer dans l’idolâtrie des figures totalitaires. Depuis trente ans, la chute du Mur, la mise en berne des idéologies et la reconfiguration des blocs géopolitiques ont provoqué la désagrégation du grand code héroïque : il n’y a plus que des héros du jour, pour lesquels cesse de jouer le mécanisme de l’identification, tant domine désormais le désir effréné de se différencier et de se distinguer, cette nouvelle forme de conformisme postmoderne.

Je ne perçois plus cette dialectique de confrontation assumée entre héros et maudits. J’en accuserais volontiers la Toile. Quel acteur du passé pourrait désormais se targuer d’échapper au soupçon universel que le trop-plein d’information fait peser sur tout et rien ? Faute de pouvoir trier, autant douter par principe, en affectant une distance critique qui tourne à l’indifférenciation : plus de héros, ni de maudits, car ces deux pôles, qu’on savait déjà réversibles, sont devenus éphémères.

Mais si le nationalisme est  un peu partout en berne, ce n’est pas pour autant que l’horizon européen a pris le relais. Depuis toujours, il peine à se forger un passé commun qui s’incarnerait dans des figures de référence. Il est vrai que ce que les Européens ont su le mieux faire ensemble, jusqu’à un passé somme toute récent, c’est la guerre. Et ce ne sont pas les « pères de l’Europe » (Adenauer, Jean Monnet, Spaak), à l’identité purement administrative, qui contrediront ce jugement. Restent les forces de l’esprit : Léonard de Vinci, Érasme, Shakespeare, ces héros qui n’ont fait de mal à – presque – personne et que tout le monde peut s’accaparer sans dommage.

Propos recueillis pas Aurélie Marcireau.

 

À lire : La Fabrique de la gloire - Héros et maudits de l'histoire, Laurent Avezou, éd. Puf, 356 p, 22 €

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