De Claudius à Trump : populistes de l’Antiquité et d’aujourd’hui 

De Claudius à Trump : populistes de l’Antiquité et d’aujourd’hui 

Le populisme a-t-il précipité Rome de la République à l’Empire ? Est-il le dernier bouclier du peuple contre une élite intransigeante ou le premier glaive des tyrans de la liberté ? La question traverse le court essai de Raphaël Doan. Une instructive plongée dans le populisme romain pour éclairer celui d’aujourd’hui.

Par Aurélie Marcireau   

De la Rome Antique, nous avons des leçons à tirer. Agrégé de Lettres classiques, diplômé de l’ENA et de l'ENS, Raphaël Doan nous transporte d’une époque à une autre, de Cicéron à César en passant par les Gracques et nos démocraties bousculées.

C’est par un Cicéron, déclarant « Je serai un consul populiste » que commence ce récit. Une promesse qui rappelle Emmanuel Macron devant les maires de France déclarant en novembre 2018 : « Nous sommes de vrais populistes. Nous sommes avec le peuple tous les jours ». Cicéron, comme Emmanuel Macron, veut s'accaparer le terme, le vider de substance, le récupérer alors qu'il devient trop menaçant. Même si les sociétés ne sont pas semblables, l’auteur souligne les similitudes entre la Rome du 1er siècle av. J.-C. et aujourd'hui : un pouvoir exercé par une élite qui se perçoit comme seule capable de gouverner, et des individus issus de cette même élite se posant en défenseurs des classes populaires. Une opposition entre des hommes forts revendiquant des mesures radicales, et une rhétorique du juste milieu et du vivre ensemble employée notamment par Cicéron, qui rappelle celle utilisée bien souvent aujourd’hui par l’élite comme autrefois par les optimates, comme paravent de sa domination.  

Ce système qui laisse le pouvoir à une oligarchie entraîne la république dans une chute vers un pouvoir autocratique. C’est au moment où les menaces extérieures s'apaisent que les inégalités de la société romaine sautent aux yeux et deviennent insupportables. Et ainsi naissent les populistes. Les critiques adressées aux populistes antiques sont les mêmes que celles contre les populistes actuels : remise en cause de la propriétée privée, volonté de bousculer et de modifier les institutions et appel à la sédition. Ces populistes qui défendent les intérets du peuple plus que le peuple ont besoin d'ennemis, les élites, pour exister. La galerie de portraits est intéressante : Caius Gracchus, Marius, Claudius… et bien sûr César. Populiste ultime et chef d’État qui défend le programmes des Gracques et attaque l’oligarchie montrant, via sa clémence, sa maitrise des polémiques et ses coups d’éclats, le chemin à nombre de ses successeurs. Trump et ses excès dignes de Claudius, De Gaulle héritier lointain du héros militaire Marius, Napoléon et son Empire géré tel Auguste, ces allers-retours dans l'histoire sont instructifs des ressorts des luttes pour le pouvoir.

La solution de la Rome antique pour empêcher le populisme a été de faire ce que les populistes proposaient. Alors l'auteur interroge notre époque et le tour oligarchique pris par le régime, la nécessité de plus de démocratie participative, l’attention que la classe dirigeante doit porter aux préoccupations de la population. La conclusion sonne comme un avertisement : plus que la montée des populismes, c’est la polarisation des affrontemements politiques et le raidissement des advsersaires des populistes qui doivent nous interpeller.

 

À lire : Quand Rome inventait le populisme, Raphael Doan, ed du Cerf, 180 p., 19,00€

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À lire : Révolution aux confins, Annette Hug, traduit de l'allemand Suisse par Camille Luscher, éd. Zoé