Sur France Culture : Louis-Ferdinand Céline, « la double vie » (3/5)

Sur France Culture : Louis-Ferdinand Céline, « la double vie » (3/5)

Le troisième épisode de la « Grande Traversée » consacrée à Louis-Ferdinand Céline, diffusée cette semaine sur France Culture, plonge dans le rapport de Céline à la chair : médecin, il consacre sa thèse à l'inventeur de l'asepsie, Semmelweis, dans ce qu'on considère comme son premier texte littéraire. Ce lien au corps constitue ensuite le style de son écriture toute entière. Christine Lecerf, productrice de l'émission, nous l'explique en parallèle de cet épisode intitulé « La double vie ». 

Comment passez-vous de Louis-Ferdinand Destouches, son nom civil, à celui de Céline qu’il choisit lorsqu’il prend la plume ?

Christine Lecerf : La question du nom, du pseudonyme, de la double identité est abordée dans la troisième émission intitulée « La double vie ». Destouches devient Céline en 1932. On découvre qu'il a tenu à prendre le nom de l’une des femmes qu’il a sans doute le plus aimé : sa grand-mère. Il est déjà médecin à ce moment là, c'est une manière de jouer entre son identité de médecin et d'écrivain. Sa genèse est double dès le début. C'est fortement lié à cette expérience fondamentale de la guerre, d'avoir été au cœur de l'horreur et de ne pas avoir eu les mots pour le dire. Céline veut finalement soigner le monde et les gens par la médecine et par l'écriture. 

Il se revendiquait davantage médecin qu'écrivain, mais c’était une stratégie pour se positionner comme un « anti homme de lettres ». Comme un écrivain en blouse blanche qui a les mains dans la matière, dans le corps et qui veut écrire sans académisme, sans être un notable de l'écriture. 

D'où cette écriture qui tourne énormément autour du corps et de la chair.

C. L. : Oui, c'est le regard du médecin, et en même temps, c’est l’œil qui voit plus loin. Céline n'est pas seulement dans le diagnostic, l'anatomie, il arrive à créer une langue qui va capter quelque chose d'unique par le biais des sensations. On montre très bien comment sa phrase capte son objet, comment elle danse aussi. Dans la troisième émission, on accorde plus de place aussi au regard qu'il porte sur les pauvres et sur les femmes. Ce qui remet un peu en question sa misogynie apparente. On a fait un vrai travail de recherche sur la nature de ses études de médecine et sur le médecin qu'il était. Il est entré en médecine par le biais d'une thèse sur Semmelweis, l’inventeur de l'asepsie, qui a montré la nécessité de se laver les mains avant d'accoucher les femmes. C'est quelqu'un qui a été énormément méprisé, rejeté. Dans cette thèse, Céline s'identifie totalement à cette figure prophétique, méconnue, de soigneur-accoucheur. Il compare d’ailleurs son écriture à quelque chose de très viscéral, ça crie, ça geint, ça sort. Voilà cette double vie : médecin le jour, écrivain la nuit. Seulement, en 1936, Mort à crédit est un échec, il y a le Front populaire... C'est le passage du Céline romancier à succès, révolutionnaire du roman, au pamphlétaire et à pire que ça.

Propos recueillis par Eugénie Bourlet. 

 

À écouter : « La double vie », troisième épisode de « La Grande Traversée » consacrée à Louis-Ferdinand Céline, diffusée sur France Culture. 

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Photo : AFP

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Illustration : Le journal des Débats, 27 mars 1899 - source : RetroNews-BnF