Sur France Culture : Louis-Ferdinand Céline, « ça a commencé comme ça » (2/5)

Sur France Culture : Louis-Ferdinand Céline, « ça a commencé comme ça » (2/5)

Du 15 au 19 juillet à 9h, France Culture consacre sa « grande traversée » de l'été à Louis-Ferdinand Céline. Après un premier épisode consacré aux paradoxes de l'écrivain, à la fois génie littéraire et « monstre » aux idées haineuses, le second s'attache au parcours biographique du jeune médecin embarqué dans la boucherie de la guerre, qui le marquera à jamais. Christine Lecerf, productrice de ce documentaire, a répondu à nos questions. Nous publions le deuxième volet de cet entretien en écho à l'épisode diffusé ce jour. 

Comment entrez-vous dans la vie de Céline ?

Christine Lecerf : Vous savez que le Voyage au bout de la nuit commence par cette phrase : « Ça a commencé comme ça ». La deuxième émission reprend cette phrase et propose d’aller voir comment cela a commencé pour Céline, dans quelle famille, quel milieu il est né, quelles ont été ses expériences d'écolier, d'apprenti vendeur de bijoux. On a donc cette première partie biographique, qui suit Céline jusqu'à 16/17 ans. Ce gamin de Paris qui évolue au milieu de la pauvreté, mais dont les parents sont petits commerçants. Il fait des expériences qui appartiennent plutôt à la moyenne bourgeoisie. Il va faire des stages à l'étranger adolescent en Angleterre, ce qui est absolument rarissime pour des gamins de sa classe sociale. C’est donc aussi quelqu'un qui sociologiquement est à cheval entre un bain populaire et les valeurs de l'aristocratie déchue. Son père écrivait « Des Touches » en deux mots. 

Mais la grande expérience, c’est celle du jeune homme qui va faire l'expérience de la première guerre mondiale. Céline est presque « né » sur le champ de bataille. C’est là que tout commence pour lui. On découvre tout ce qu'il a enduré à la guerre, physiquement, psychologiquement et philosophiquement : ses blessures, ses désillusions sur la condition humaine etc., tous ces traumatismes qui vont expliquer ce qu’il va devenir par la suite. La blessure va laisser des séquelles, des douleurs chroniques, et c'est le bras de l'écriture. Écrire, ce sera pour lui être dans la douleur de cette guerre de toute façon. Sur le champ de bataille, il s'est rendu compte que les mots n'étaient pas aptes à transcrire ce qu'il vivait. Il était dépassé par l'évènement, la violence de tout cela. La seconde émission bascule ensuite dans « son » propre voyage au bout de la nuit, l’épopée de ce jeune homme qui traverse la nuit des Flandres, blessé, hagard, pour qui le monde sombre dans quelque chose qui n'a plus aucun sens, et pour lequel il n’a pas encore de mots. Finalement, cette seconde émission se clôt sur une nuit, qui est à la fois une expérience personnelle, une nuit de l’histoire et la matière d’un futur roman.

Propos recueillis par Eugénie Bourlet. 

 

À écouter : « Le voyage », second épisode de « La Grande Traversée » consacrée à Louis-Ferdinand Céline, diffusée sur France Culture. 

À lire aussi :

« Sur France Culture : Louis-Ferdinand Céline « au fond de la nuit » (1/5)

- « Sur France Culture : Louis-Ferdinand Céline, « La double vie » (3/5)

 

Photo : © Collection Louis Ferdinand Céline / IMEC

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