Richard III, portrait d'un diabolique

Richard III, portrait d'un diabolique

Un méchant monstrueux, difforme et complexe. Dans l'oeuvre de Shakespeare, Richard III tient une place à part. En complément de notre dossier Shakespeare (n°27), voici de quoi en savoir plus sur un pervers qui en a inspiré bien d'autres en littérature et en fiction. Par François Laroque.

Richard de Gloucester ferraille et égorge à tout va dans la troisième partie d’Henri VI. C’est lui qui, après avoir déclaré qu’il peut «prêter des couleurs au caméléon / [...] Et donner des leçons au sanguinaire Machiavel » (3.2.191-93), tue le roi de sa main dans sa prison. C’est un monstre difforme, né les pieds devant, la bouche pleine de dents. D’entrée de jeu, il séduit Lady Anne au moment où elle suit, éplorée, le cortège funèbre du roi, son beau-père. Richard va rivaliser d’audace et de ruses et montrer une rouerie à toute épreuve. Son intelligence diabolique rappelle le Vice des mystères et des anciennes moralités. Il glousse de sa supériorité et met les rieurs de son côté en les invitant au spectacle histrionique de sa méchanceté. Après avoir fait occire son frère Clarence à la Tour de Londres par des canailles
imbéciles, il ordonne en riant la mort de ses deux petits neveux qu’il a fait enfermer à la Tour. Il peut dès lors être proclamé roi à la mort de son frère aîné, Édouard et, comme beaucoup de démagogues et de populistes aujourd’hui, le tyran réussit, sinon à se faire élire, du moins à se faire adouber par le maire de Londres et ses conseillers. Ensuite, ce ne sera plus qu’une longue course à l’abîme jonchée des cadavres de ceux qui l’avaient aidé à conquérir la couronne avant la bataille de Bosworth ; c’est là qu’il va jeter ses dernières forces avant de s’en aller joyeusement en enfer : « Marchons, allons en braves dans la mêlée, fer contre fer / Et, à défaut d’aller au Ciel, allons main dans la main tout droit en enfer » (5.113-14). Le tyran a tout brûlé sur son passage et, dans le spectacle hallucinant d’une apocalypse finale, on voit que le mal se dévore en quelque sorte lui-même.
 
François Laroque est Professeur émérite à la Sorbonne-Nouvelle etauteur du Dictionnaire amoureux de Shakespeare (Plon, 2016).
 
A lire : Le Magazine Littéraire n°27 - Shakespeare, tragédien du XXIe siècle
 
Crédit : Tristram Kenton/Bridgeman Images

 

 

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