Mort du romancier et cinéaste François Weyergans

Mort du romancier et cinéaste François Weyergans

Le romancier qui avait obtenu le prix Goncourt 2005 pour Trois jours chez ma mère avait été élu à l’Académie française en 2009. Il est décédé le 27 mai à l’âge de 77 ans.

« Et puis, il faisait partie de ceux qui s’intéressent à tout. Il pratiqua la curiosité comme d’autres les arts martiaux. S’intéresser à tout, c’est quand même mieux que ne s’intéresser qu’à soi. En littérature, quand il y a les deux, eh bien c’est Montaigne. » C'est ainsi que dans son discours d'entrée à l'Académie, François Weyergans rendit hommage à celui dont il occuperait dorénavant le siège, Maurice Rheims. Le romancier qui avait obtenu le prix Goncourt 2005 pour Trois jours chez ma mère entrait à l'Académie française en 2009. Cinéphile et cinéaste, longtemps collaborateur des Cahiers du cinéma, François Weyergans aimait jouer de ses références cinématographiques.

Ainsi toujours dans ce discours, disait-il : « Je ne fais pas allusion à l’autofiction, qui m’insupporte. Quand on m’en parle, je réponds que je préfère les autos tamponneuses. Et je me souviens d’une conversation avec Federico Fellini. Après son film sur Rome, il en envisageait un sur Paris. Il cherchait un équivalent, pour Paris, du défilé de mode ecclésiastique qui clôture Fellini-Roma. En évoquant les autos tamponneuses, l’idée vint de filmer des figurants déguisés en académiciens français en habit vert se poursuivant à bord d’autos tamponneuses, rebondissant contre le caoutchouc qui entoure la piste, avec rires, chocs, moulinets d’épées, effets de capes noires, musiques de valses. Cela aurait sans doute amusé Maurice Rheims qui, vous le savez, fut scénariste à ses heures. La fin de la séquence accompagnée par Le Beau Danube bleu, aurait été poignante, ou bien joyeuse, avec un jerk. » Ce touche-à-tout né en 1941 à Bruxelles avait étudié à l'IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques). Critique littéraire, il avait également mis en scène un opéra.

À lire

Dans Franz et François, il convoquait la figure de son père. La critique de ce beau livre est paru en décembre 1997.

« Il y a des rires qui meurtrissent, des larmes qui réjouissent : l'enfance est un paradis perdu ou un enfer quitté. Mais elle peut également se situer dans cette zone intermédiaire où elle échappe à toutes malédictions, à toutes bénédictions. C'est la pire des situations. Elle vous reste alors sur les bras - tantôt lourde, tantôt légère - pour le restant de vos jours. Dans son dernier livre, le romancier et cinéaste François Weyergans - fils de l'écrivain catholique Franz Weyergans - raconte les rapports d'un fils nommé François Weyergraf - futur cinéaste et romancier - et d'un père nommé Franz Weyergraf - écrivain catholique. Récit autobiographique ? La constatation est évidente. » Lire la suite…

Autre critique parue en 2012, Vertige de l'anecdote

« Dans Trois jours chez ma mère, François Weyergans évoquait l'écriture possible de « Coucheries », qui ferait le récit de ses coucheries diverses. Puis fut annoncé "Mémoire pleine", qui devint finalement Royal romance, qui sort aujourd'hui. Mais "Coucheries" pourrait servir de titre à l'ensemble de l'oeuvre de Weyergans, diffractée dans une série de romans qui font varier le nom de ses doubles (Weyergraf, Graffenberg, Wein, Flamm...) pour rappeler qu'il s'agit toujours du même homme : un écrivain épuisé, obsessionnel, qui n'arrive pas à finir, forme des dizaines de projets de livres qu'il nous raconte en même temps qu'il ne les écrit pas, couche avec des femmes belles et brillantes, voyage et prend des notes. Dans un jeu circulaire, Royal romance, « qui serait à [ses] romans comme ces bonus qu'on ajoute aux DVD », s'ouvre par une belle épigraphe tirée du premier roman de Weyergans, Le Pitre : "J'ai toujours été maladroit avec les femmes, je veux dire : pas seulement au lit." » Lire la suite…

 

Photo : François Weyergans © Ulf Andersen / Aurimages

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« La Filiale »,Sergueï Dovlatov, traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs (éd. La Baconnière)

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