Heureux de se soustraire

Heureux de se soustraire

Le bonheur ? Proust est acerbe à l'égard de ce sentiment, selon lui périssable ou illusoire. À moins que la félicité ne consiste à se laisser dériver, voire dissoudre, dans des limbes où le moi et le monde ne se distinguent plus vraiment.

Invoquer le bonheur à propos de Proust pourrait s'apparenter à du déni ou à de la provocation : contrairement à Stendhal, Colette ou Giono, Proust n'est pas un écrivain du bonheur. Si le terme, couplé à l'adjectif « heureux », apparaît près de six cent cinquante fois dans La Recherche, c'est - une fois passés ces livres de la jeunesse et de la jouissance sensible que sont Du côté de chez Swann et À l'ombre des jeunes filles en fleurs - pour être bien souvent placé sous le signe de l'illusion ou de la perte. Selon Le Temps retrouvé, ce serait en réalité la souffrance qui, forcée de s'autoexaminer pour devenir supportable, nous apporterait la « connaissance spirituelle » : « les idées sont des succédanés des chagrins », qui alimentent « notre oeuvre », et le bonheur « n'a presque qu'une seule utilité, rendre le malheur possible (1) ». Le propos est donc plutôt mal parti, à tous les niveaux.

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Entretien

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