Haut-le-coeur

Haut-le-coeur

« L'homme civilisé est celui qui se retient. » Ce rappel à l'ordre de l'humanité selon Albert Camus vaut plus que jamais aujourd'hui alors que la bassesse s'exhibe jusque dans les hauteurs. Car la vulgarité obscène sévit aux sommets. Les offenses publiques faites à Brigitte Macron par des membres du gouvernement Jair Bolsonaro et ratifiées par lui-même faisaient insulte à une femme d'excellence et à la France. Cette attaque ad feminem était aussi une nouvelle démonstration de grossièreté de la part de ces chefs populistes qui « ne se retiennent pas », tels Donald Trump, Matteo Salvini ou Boris Johnson. Dans ce manque de retenue, l'on peut voir un signe que la civilisation est attaquée, et ce, de l'intérieur, puisque ses plus grands dirigeants lui et se manquent de respect.

Mais sommes-nous en situation de donner une leçon alors que nous pataugeons dans le vulgaire ? Où est passé l'esprit français, la distinction de sentiment, l'élégance, le panache, le respect de l'autre, la pudeur ? Se multiplient au contraire les expectorations de miasmes infantiles, les flatulences de l'intime, les rots de la satisfaction narcissique. S'exhibent les cultes du moi, de l'émoi, et de l'argent toujours plus insolent. Il ne s'agit pas que du Net, cloaque toujours plus méphitique, alors que c'était un espace fabuleux de liberté et de connaissances. Non, ce qui nous brise les oreilles, et le coeur, car nous sommes transformés malgré nous en voyeurs honteux, c'est ce déballage généralisé qui a transformé la rentrée littéraire en champ d'épandage de sales dessous personnels et de règlements de comptes familiaux haineux.

« La vulgarité est une bassesse qui se proclame elle-même », écrivait Aldous Huxley dans le prophétique De la vulgarité en littérature. Dans les livres médiatisés en cette rentrée, ce ne sont que papas tortionnaires, mamans sadiques, enfants tourmentés et « tour-menteurs ». Mon père ce zéro, mon fils ce « saloupiaud », ma mère ce bourreau. On ne cesse de vous prendre à témoin des pires turpitudes, par exemple des horreurs paternelles comme le fait Georges Buisson, enfant blessé de Patrick Buisson (ex-conseiller de Jean-Marie Le Pen puis de Nicolas Sarkozy), dans son livre L'Ennemi. Le père battait sa femme, mais aussi enregistrait à son insu le président de la République ; et le fiston de faire de même avec son paternel... Stop, on n'en peut plus. La coupe de fiel est pleine et nous écoeure. Et quand Sophie Fontanel, à l'inverse, tranche dans Nobelle, en proclamant : « J'ai utilisé l'amour pour écrire », on traque la cornette, la bonne soeur à enfermer d'urgence au couvent. Car ce qui fait évènement, ce qui fait de l'audience et se vend, c'est l'impudeur arrogante. Des tripes et des secrets puants exhumés du caveau familial.

Certes, « Familles, je vous hais » ne date pas d'aujourd'hui. La littérature, en brisant la « cellule familiale », a donné des chefs-d'oeuvre. La brutalité et la grossièreté ont aussi pu avoir du style. Mais qui s'attache encore aux oeuvres littéraires ? Il y a pourtant bien un « génie français » (lire p. 10-17). Mais Camus nous manque, qui écrivait encore : « La grandeur de l'homme est d'être plus fort que sa condition. »

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À lire : HISTOIRE DE LA COLONNE INFÂME, Alessandro Manzoni, traduit de l'italien par Christophe Mileschi, éd. Zones sensibles

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► Musique des archétypes : Pascal Dusapin, l’un des plus grands compositeurs contemporains français, présente son rapport à Shakespeare et en particulier à Macbeth.

► Manon Lescaut, amour et désillusion : Vincent Huguet, metteur en scène, nous livre sa vision de la femme la plus fatale du répertoire français.

► Les secrets du Mossad : entretien avec Ronen Bergman, auteur du best-seller mondial Lève-toi et tue le premier.

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