Hélène Cixous « Au galop de Stendhal »

Hélène Cixous « Au galop de Stendhal »

Stendhal pour moi est le nom d'une des qualités qui font l'âme de l'écriture. Il est le champion de la vitesse dans tous les domaines : vitesse du souffle, de la rédaction de la phrase, de la pensée. Cette vitesse signe un art presque sans autre que Rimbaud. On la voit, cette vitesse, galoper surtout la Vie de Henry Brulard ou le Journal. Galoper, c'est son mot. Il se sent cavalier mais ce cavalier en fait à la tête de son cheval. Emporté au-delà de lui-même. Mais le roman aussi file, gardant l'allure, la mise en opération incessante du raccourci. Le raccourci parfois rassemble des événements écartés de quarante ans en une seule phrase : "En l'aimant à six ans peut-être en 1789 - écrit-il - j'avais absolument le même caractère qu'en 1828 en aimant à la fureur Alberthe de Rubempré." C'est toujours sa manière d'aller à la chasse du bonheur par bonds au-dessus des haies et des ans. Cette temporalité frénétique est élastique en deux sens. Elle déroule une minute de la bataille de Waterl ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard