Gombrospective

Gombrospective

Un demi-siècle après la mort de Witold Gombrowicz, le festival Kinopolska lui rend hommage en films.

Le Polonais Witold Gombrowicz (1904-1969) demeure un secret trop bien gardé de la littérature mondiale. Il n'est certes pas tombé dans l'oubli, il est même un auteur culte, mais vénéré par une chapelle jalouse de son trésor. En témoigne le peu d'initiatives éditoriales un demi-siècle après sa mort - seules des chroniques écrites pour la presse argentine sont publiées chez Stock sous le titre Notre drame érotique.

On peut passer à côté de cette oeuvre-là, qui est pourtant l'une des plus puissantes de l'après-guerre, en tout cas l'une des plus libres et imprévisibles. Dans ses romans (Ferdydurke, La Pornographie, Cosmos...) comme dans son immense Journal, il a diagnostiqué au plus juste notre rapport faussé à la culture, aux formes, aux signes, non comme un clinicien, plutôt dans un mélange de burlesque et de fièvre : son écriture, son imagination et sa pensée sont si amples qu'elles peuvent même se tourner en ridicule. Sous son regard, nous apparaissons comme des bêtes savantes qui se croient des anges, prenant leurs masques et parures pour leur peau. « Dans notre for intérieur, nous n'arrivons guère à la hauteur de notre propre culture, écrit-il dans son Journal. Nous ne sommes, en profondeur, que d'éternels blancs-becs. » Nous sommes dès lors voués à l'immaturité (notion cardinale chez Gombrowicz) : chaque individu est immature face à ses modèles, et, quand bien même il s'en affranchit en apparence, il ne peut que simuler ou parodier l'innocence, non la retrouver. Sans doute la clairvoyance de Gombrowicz tient-elle au fait qu'il écrit doublement en périphérie des cultures dominantes : il est un Polonais parachuté en Amérique du Sud. En 1939, il s'exile en Argentine pour un séjour qu'il espère court, mais qui durera vingt-quatre ans. Il ne revient en Europe qu'en 1963 et meurt six ans plus tard au sud de la France, sans avoir revu la Pologne.

L'Institut polonais lui dédie la douzième édition du festival de cinéma Kinopolska, en partenariat avec Le Nouveau Magazine littéraire. Parallèlement à sa sélection de films polonais contemporains, seront projetées des adaptations de l'écrivain ainsi que le documentaire Gombrowicz, l'Argentine et moi.

À SUIVRE

Festival Kinopolska, cinéma Le Balzac, Paris (8e).Du 29 nov. au 2 déc.

Nos livres

Ceux qui restent, Benoît Coquard, La Découverte, 280 p., 19 €.

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