Paris romantique : l'âge d'or des salons littéraires

Paris romantique : l'âge d'or des salons littéraires

Le Musée de la Vie romantique, à Paris, accueille du 22 mai au 15 septembre 2019 une exposition consacrée aux salons littéraires tenus au cours de la première moitié du XIXe siècle, et dans lesquels ont défilé des auteurs comme Victor Hugo, Alfred de Musset, Théophile Gautier, Charles Baudelaire… L'ambiance intimiste et légère qui ressort de ces réunions montre sous un jour différent ces écrivains à la fois produits et témoins de leur temps.

Par Eugénie Bourlet.

« Je prends la liberté de vous proposer de venir jeudi prochain à mon domicile pour vous embêter d’une galette de vers que je dois lire à ces Messieurs. Vous y trouverez, je pense, Delaroche et Mérimée, et moi je serai enchanté d’avoir votre avis ». Extraits d’une lettre d’Alfred de Musset à Eugène Delacroix datée de 1829, ces mots soulignent à quel point les arts et les idées transitent au sein des salons parisiens, alors à leur apogée. Écrivains, poètes, peintres, sculpteurs, dessinateurs… se croisent dans les demeures d’illustres amateurs qui jouent le rôle d’entremetteurs.

Mis à l’honneur dans une exposition au Musée de la Vie romantique, les salons littéraires ont joué un rôle fondamental au sein de la création artistique de la première partie du XIXe siècle. On y découvre de façon plus intime les grands écrivains de cette période : Victor Hugo, Alfred de Musset, Théophile Gautier, Honoré de Balzac, George Sand, Charles Baudelaire, Charles-Augustin Sainte-Beuve… L’exposition retrace avec des éléments variés les liens de ces auteurs aux autres grandes figures de leur temps dans les salons qui ont lieu entre 1815 et 1848. Ce sont parfois des peintres qui les ont immortalisés dans une représentation concrète, avec leur famille, frères et sœurs ou enfants. Ces lieux de rencontre établis sont également en privé une manière de tester, de promouvoir une œuvre avant sa publication. Hernani est en cela un exemple célèbre d’une lecture à succès qu’Hugo fit dans un de ces « cénacles », terme biblique renvoyant à la salle où Jésus se réunit avec ses disciples. S’il avait à l’origine une dimension sacrée, ce qu’on apprend du fonctionnement de ces cénacles romantiques, notamment à travers des manuscrits et des lettres annotées, montre l’aspect récréatif des échanges entre les auteurs.

L’exposition met aussi en avant ces personnalités amatrices d’art qui ont été au cœur de l’émulation intellectuelle : Charles Nodier, bibliothécaire du comte d’Artois à l’Arsenal, dans lequel il anime des soirées et dont la fille Marie a été la muse de nombreux invités, Juliette Récamier au couvent de l’Abbaye-aux-Bois, Delphine de Girardin qui reçoit rue Saint-Georges, Jacques-Joseph Moreau de Tours, qui initie le « Club des Haschischins » sur l’île Saint-Louis, décrit par Baudelaire dans Les Paradis artificiels… L’ambiance de ces salons est recréée à l’aide d’objets multiples : bibliothèque, piano, enregistrements audio de conversations ou de lettres lues… Des éléments de réception dans les journaux de l’époque, articles ou dessins participent aussi à montrer à quel point l’image seule de l’écrivain romantique, solitaire et torturé, est réductrice. Les caricatures bon enfant de Jean-Jacques Grandville montrent l’auteur écrivant sous un jour plus doux et trivial. Les textes qui les accompagnent avec ironie font mouche, par exemple pour illustrer une compagne languissant près de son auteur qui sue à la tâche : « — Laisse moi donc finir mon vaudeville... nous voilà à l’entrée de l’hiver et c’est sur mes droits d’auteur que je dois m’acheter un paletot noisette… — Moi j’aimerais mieux que tu m’achètes un schall vert… — Dans le fait… un schall, ça me suffira pour me tenir chaud puisque tu es toujours sur mon dos ! » Les bustes de David d’Angers sont quant à eux admirés des auteurs qui recherchent cette fixation sculptée, gage de reconnaissance du sérail.  

Avec cette exposition, on réalise à quel point l’avènement du courant romantique est une affaire collective et comment de grandes figures non artistiques y ont joué un rôle de passerelles, de médiateurs pour la circulation des idées et des arts. Loin d’êtres coupés du monde et des autres, les écrivains y apparaissent nourris par leur environnement, à une époque où les évènements politiques et sociaux ont par ailleurs une place centrale, de la Restauration à l’avènement de la Seconde République en 1848. Pour s’immiscer encore davantage dans cette époque, l’exposition « Paris Romantique » au Petit Palais englobe plus largement la vie parisienne, avec un parcours qui recrée virtuellement une journée passée au cours de ces années.

 

À voir : Paris romantique 1815-1848, « Les salons littéraires », au Musée de la Vie romantique, du 22 mai au 15 septembre 2019. 

 

Photo : François Louis Hardy de Juinne dit Dejuinne, « Salon de madame Récamier à l’Abbaye-aux-Bois », 1826 Paris, musée du Louvre Paris © Jean-Gilles Berizzi/RMN-GP (musée du Louvre) 

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