« La prochaine crise sera plus grave »

« La prochaine crise sera plus grave »

Dix ans après la crise financière de l'automne 2008, où en sommes nous ? Si ni les États ni les entreprises ne réagissent face à un capitalisme financier devenu fou, qui le fera ? Entretien avec le journaliste François Lenglet.

La prochaine crise qui semble se dessiner peut-elle être fatale ?

François Lenglet. - La prochaine crise sera vraisemblablement plus grave que celle de 2008, parce que, en 2008, on a traité un excès d'endettement par un surcroît d'endettement. On a donc traité le mal par plus de mal. Or les mêmes causes produisent les mêmes effets... Ce qui nous attend - même si personne ne peut en prévoir la date avec certitude : la dépréciation de la valeur des actifs, actions, immobilier, obligations, dont la valeur a été gonflée par la création de monnaie par les banques centrales après la dernière crise. Pour éviter l'effondrement, nous avons encore rehaussé l'édifice branlant du crédit généralisé et mondialisé. Il est probable que cela ne dure pas.

Les États ont-ils encore les moyens, et la volonté, de réguler un capitalisme financier devenu fou ? Et peuvent-ils contrôler les Gafa ?

Les États ont tous les moyens de réguler le capitalisme. Le problème, c'est que les limites qu'ils posent ne font que déplacer la folie spéculative. Si l'on réglemente les banques - ce qu'on a fait après 2008 -, la finance se déplace dans le shadow banking, le système financier parallèle. Le déterminant principal de la crise financière, c'est la psychologie des foules, c'est-à-dire les comportements moutonniers des investisseurs, qui perdureront autant que le désir de s'enrichir, c'est-à-dire... longtemps. Il est vain d'espérer un monde sans crise ; il est illusoire de penser que l'État et la puissance publique sont une solution à la crise financière. Il faut bien sûr réguler, mais ce n'est pas une protection absolue. La vigilance doit être permanente.

Le patronat et les politiques ont-ils conscience des enjeux ou se contentent-ils de faire du populisme patronal pour les uns, politique pour les autres ?

Les patrons des entreprises cotées en Bourse sont souvent contraints de respecter les règles du jeu du système actuel : celui qui ignorerait délibérément ses actionnaires se condamnerait. Ce qui conduit parfois l'entreprise à des pratiques contestables, comme les rachats de ses propres actions, la privant des moyens d'investir. Quant aux dirigeants politiques, ils n'ont pas toujours une bonne connaissance des mécanismes de la finance et de la bourse, faute d'avoir travaillé en entreprise. Ce qui les conduit souvent aux « y a qu'à ». Les populistes sont les plus enclins à ces raccourcis, d'autant plus séduisants que les partis traditionnels, de gauche comme de droite, n'ont pas vu venir la dernière grande crise.

Y a-t-il contradiction radicale entre le capitalisme et l'écologie ou, à l'inverse, le capitalisme peut-il sauver la nature après l'avoir pillée ?

Par définition, le capitalisme est prédateur, il utilise les ressources naturelles pour augmenter la production et la richesse - celle des actionnaires, des salariés ou des consommateurs. Il y a donc une contradiction fondamentale entre la croissance et l'écologie. Mais elle peut être dépassée de plusieurs façons. D'abord, par la mise en place de règles, qui limitent l'utilisation des ressources. Ensuite, par le mécanisme qui fait grimper le prix d'un bien en fonction de sa rareté. Les ressources rares doivent être facturées plus cher, pour dissuader de leur utilisation. Et l'augmentation du prix, dans une économie de marché, déclenche la recherche d'innovations pour substituer à l'ancien mode de production un nouveau, plus économe en ressources. Cette spirale vertueuse ne peut se développer que grâce à l'interaction entre la main invisible, celle du marché, et la main bien visible du régulateur.

François Lenglet est journaliste spécialiste d'économie et éditorialiste à RTL et TF1.

Photo : © Shan he/Imaginechina/AFP

À LIRE

TORDEZ LE COU AUX IDÉES REÇUES, François Lenglet, éd. Stock, 252 p., 19,50 E.

Pour pour les fêtes, offrez un abonnement au Nouveau Magazine littéraire !