Thomas Vinau : « La poésie a tous les droits tant que tout le monde y a droit »

Thomas Vinau : « La poésie a tous les droits tant que tout le monde y a droit »

À 40 ans et après bon nombre de recueils publiés ici et là, Thomas Vinau est devenu une référence dans ce qu’on pourrait appeler une poésie « du réel », simple et accessible. Il vient de sortir un nouvel ouvrage, C'est un beau jour pour ne pas mourir, aux éditions Le Castor Astral, qui contient autant de poèmes que de jours dans l’année.

Comment vous est venu le concept du livre et ses 365 poèmes, soit un par jour pendant un an ? 

Thomas Vinau : En réalité, pour moi il ne s’agit pas vraiment d’une idée ou d’un concept. Depuis une dizaine d’année, j’ai cette démarche-là d’écrire tous les jours, à la manière d’une gymnastique quotidienne qui fait partie de mon équilibre. De plus, mon écriture traite du quotidien, du vivant. C’est une écriture de tous les jours, pour une lecture de tous les jours, à propos de la vie de tous les jours. Une sorte de rapport simple et sain à l’écriture poétique qui permet aussi au lecteur de picorer à son bon vouloir. Parce que de toutes façons c’est comme ça que se lit un recueil de poésie, ça ne se lit pas d’un bloc, ça se picore, sinon au bout de quelques pages on ne reçoit plus ce qu’on est censé recevoir. D’ailleurs j’ai souvent l’impression de mieux recevoir la poésie lorsqu’elle est hors-recueil. Dans un roman, dans une chanson ou ailleurs, quand elle jaillissante en quelque sorte. La poésie dans un recueil pour moi c’est mieux à petite dose, d’où ce livre dont on peut prendre un poème par ci par là sans besoin de savoir ce qui se passe avant ou après. Pour résumer : pour moi, la poésie, ça se lit dans les chiottes ! 

On sent une sorte de relâchement chez vous, que ce soit dans votre rapport à la poésie ou aux enjeux et débats actuels dans le milieu de la poésie.

T. V. : Oui, j’aime la distance, la légèreté. La lecture et l’écriture représentent pour moi une sorte d’équilibre essentiel, quelque chose dont j’ai besoin. Mais je n’aime pas la sacralisation. Le côté égotique qui fait de l’écriture un temple me dérange. 

Quels sont les poètes qui ont façonné cette vision ? 

T. V. : Des auteurs qui avaient un autre rapport à la chose poétique, un rapport d’artisan. Les américains par exemple, comme Richard Brautigan, Raymond Carverou Charles Bukowski. Là où tout est permis et où, en même temps, on parle à tout le monde. Là où on peut être drôle, parler de cul, raconter des histoires de chaussettes sales… C’est une autre vision de la poésie. Sans forcément nier la nécessité de la musique, du son, du mot, du regard ou de la construction. Mais en considérant que la poésie, c’est dans la vie. Il y a aussi des auteurs français avec cette démarche-là, quel que soit la direction de leurs écritures, d’avoir l’élégance de ne pas en faire trois tonnes et ce même si le sujet est grave. Comme Antoine Emaz qui vient de nous quitter, Pierre Autin-Grenier ou Jean-Claude Pirotte. 

Il y a parfois une critique de cette approche très réaliste dont le fil rouge théorique ou idéologique serait trop maigre, ou en tout cas plus maigre qu’à d’autres époques. Qu’en pensez-vous ? 

T. V. : Ça, c’est par ce qu’on est des post-modernes. Moi je n’ai pas de « croyance » si ce n’est que les certitudes idéologiques ne sont plus vraiment possibles aujourd’hui. Il n’y a que des directions, des chemins que chacun explore, mais je me moque de ces débats. Plus il y a de grands gestes et plus c’est démonstratif, moins ça me touche. L’important c’est de creuser en essayant d’être juste, que ce soit dans des formes closes et métriques ou en vers libre, peu importe. La poésie a tous les droits tant que tout le monde y a droit.

Propos recueillis par Thomas Deslogis.

 

À lire : C'est un beau jour pour ne pas mourir, Thomas Vinau, éditions Le Castor Astral, 416 p.,15 €

Photo : Thomas Vinau © Emilie Alenda/Ed. Castor Astral

Grand entretien

Claire Marin © HANNAH ASSOULINE/Ed. de l'Observatoire

Claire Marin
Auteure de Rupture(s) (éd. de l'Observatoire)

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