Entre deux attentats

Entre deux attentats

Si le terrorisme suscite en France de multiples parutions d'« experts », les écrivains restent globalement cois. Il est heureux que Yann Moix publie, en leur laissant leur aspect fragmentaire, les notes qu'il a prises au jour le jour depuis les attentats de janvier 2015. Avant tout pour saisir la « nouvelle définition de l'existence » que la terreur engendre.

Il est bien plus facile de parler de la terreur politique que de la définir. C'est que la terreur, qui est événement pur, nie par avance les catégories du temps et de la narration qui permettraient de la penser. La bombe terroriste, écrit par exemple Uri Eisenzweig dans Fictions de l'anarchisme (Bourgois, 2001), est un objet anachronique par excellence car elle n'existe que dans l'instant de sa désintégration. Choisissant ses victimes au hasard, elle invente des causalités perverses. En ce sens, la terreur est naturellement négationniste, pour ainsi dire (les théories du complot concernant le 11 Septembre ont fleuri sur Internet avec les images mêmes de l'attentat). C'est ce qui fait son obscure modernité.

Le premier effet de la terreur - qui n'est ni la paix ni la guerre, dont les acteurs ne sont ni des soldats ni des civils, et à propos desquels la justice ne peut que se contredire elle-même - est de miner le langage. À ce titre, le phénomène a intéressé ...

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