Ennemis d'État

Ennemis d'État

L'avocat au barreau de Paris Raphaël Kempf signe un essai reliant les lois dites « scélérates » de 1893-1894 – autorisant notamment les arrestations préventives et limitant la liberté d'expression – aux lois d'exception actuelles, dérivées de l'état d'urgence.

« Telle est l'histoire des lois scélérates. [...] J'ai voulu montrer non seulement qu'elles étaient atroces, ce que tout le monde sait [...] et par quelle précipitation inouïe, ou quelle incohérence absurde, ou quelle passivité honteuse elles avaient été votées. » Tels sont les mots de Léon Blum à propos des lois d'exception signées entre 1893 et 1894 en France, en pleine affaire Dreyfus, qui ont permis une chasse aux anarchistes et a fortiori à n'importe quel sympathisant d'une « entente », associée à une menace pour l'État et pour la « République ». La figure type de « l'ennemi d'État », dont la criminalisation est justifiée par le contexte socio-politique (l'assassinat de Sadi Carnot et la montée des nationalismes et de l'antisémitisme), est ici décryptée. Raphaël Kempf, avocat et contributeur au Monde diplomatique, expose, en plus des fameuses lois, les réactions de modérés (socialistes) ayant soutenu les anarchistes, sa propre analyse des pratiques policières, judiciaires et politiques de notre époque, celles qui s'imposent depuis les années 2000 jusqu'aux gilets jaunes, en passant par l'état d'urgence. « Cette conjoncture rappelle la nôtre, [...] la lutte contre le terrorisme y sert de censure systématique pour tous ceux et celles qui professent une opinion anarchiste (ou perçue comme telle). »

 

À lire : Ennemis d'ÉtatRaphaël Kempf, éd. La Fabrique, 228 p., 13 E.

Nos livres

À lire : Révolution aux confins, Annette Hug, traduit de l'allemand Suisse par Camille Luscher, éd. Zoé