En tête de gondole

En tête de gondole

Les cinq séries les plus emblématiques de Netflix de 2013 à nos jours.

House of cards

C'était il y a six ans. La première série de portée mondiale de Netflix a d'abord surpris en bien. Kevin Spacey dans le rôle d'un homme politique à l'ascension fulgurante arpentant les coulisses agitées de Washington, Robin Wright en épouse affranchie, David Fincher à la réalisation des premiers épisodes : le géant du streaming s'est imposé dans la cour des grands diffuseurs de séries avec cette adaptation d'une minisérie anglaise de 1990. Encore fallait-il tenir la distance, le plus important dans un genre qui tient autant du sprint que de la course de fond. De ce point de vue, House of Cards a autant fasciné dans ses premières saisons que déçu ensuite, la sophistication laissant la place à un soap aux rebondissements surjoués. Le départ du scénariste Beau Willimon a planté un premier clou dans le cercueil avant que les révélations concernant les agressions sexuelles de Kevin Spacey sonnent le glas de House of Cards, qui vient de s'achever dans l'indifférence générale.

Orange is the new black

Il se murmure que la création de Jenji Kohan (Weeds) arrivée à l'été 2013 a été le plus grand hit de la plateforme avant l'arrivée de Stranger Things. Une distinction méritée pour cette série de prison féminine qui a rendu les foules accros à des personnages autrefois relégués aux marges de la fiction grand public. Soit une flopée de figures féminines, de la blonde tombée de son nid bourgeois aux femmes noires puissantes, latinas, transgenres... Orange Is the New Black a donné le ton d'une époque devenue perméable aux voix minoritaires, avec une frontalité et une vista souvent irrésistibles. Sexuelle, politique et drôle, la série a serré de près l'actualité américaine et incarne l'apport de Netflix dans le domaine des représentations.

Black Mirror

D'abord diffusée sur la britannique Channel 4 entre 2011 et 2014, cette dystopie cruelle sur nos dépendances technologiques a été achetée puis entièrement produite par Netflix. La plateforme n'hésite pas à aller puiser ailleurs ce dont elle a besoin. Il arrive même que le label « contenu original Netflix » apparaisse sur des séries qu'elle se contente de mettre en ligne après paiement des droits. De quoi susciter l'ire de ses concurrentes. Dans le cas de Black Mirror, la plateforme est allée plus loin en sauvant l'anthologie de Charlie Brooker d'une annulation certaine par son diffuseur originel. Un vrai succès : les deux saisons supplémentaires ont gagné le respect des sériephiles.

Sex Education

La mise en ligne d'une saison en simultané à Paris, Tokyo ou Los Angeles a ses vertus que la télévision linéaire classique n'a jamais connues : elle peut transformer une série venue de nulle part en phénomène mondial. C'est le cas pour Sex Education, qui a débarqué en janvier dernier presque sans promotion et s'est imposé comme un sujet de conversation trans-générationnel. En s'appuyant sur l'imaginaire des films et séries ados, cette comète britannique détonne. Gillian Anderson (X-Files) y joue une thérapeute sexuelle dont le fils devient le conseiller sexe informel des garçons et filles de son lycée. Crue, drôle et inclusive dans sa manière de déjouer les stéréotypes de genre, Sex Education est typique de ces quelques séries qui, grâce à la force de frappe de Netflix, parviennent à s'extraire de la masse de contenus proposés - près de 500 séries produites aux États-Unis en 2018, deux fois plus qu'il y a cinq ans.

The OA

Netflix reste largement critiquable pour la qualité inégale de ses productions, une réalité que l'on ressent notamment devant ses créations françaises (Plan coeur, Marseille, Osmosis). Mais il arrive que la plateforme fasse exister des tentatives saisissantes. The OA déroule une épopée capable de changer de temporalité, de dimension et de ton d'une minute à une autre. Science-fiction, récit d'apprentissage et roman épique se mêlent dans cette fresque d'une délicatesse infinie, dont la deuxième saison a été mise en ligne fin mars. Venus du cinéma indépendant, Marling et Batmanglij conçoivent des épisodes de durées variables et n'estiment pas imaginable de regarder The OA autrement que comme une vaste lagune de fiction indivisible. D'où l'idée qu'ils n'appartiennent « ni au monde de la série ni à celui du cinéma », mais façonnent un nouvel objet qu'ils nomment « forme longue ».

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