Jorge Semprún, la verve et la survie

Jorge Semprún, la verve et la survie

Face à l'indicible des camps, bien des auteurs déportés ont déployé une écriture dépouillée et atonale. L'écrivain espagnol a pris le parti inverse : celui d'une flamboyance baroque, pétrie d'imagination et de digressions.

Buchenwald, 11 avril 1945, le temps chancelle, des détenus armés accueillent les soldats américains libérateurs. Si bien sûr l'action est surtout symbolique, ce cas unique dans les annales des camps témoigne de la résistance organisée de haute lutte par les détenus antifascistes et communistes. Cette armée dépenaillée brandissant des armes de fortune est le symbole de la persistance de leur engagement : la résistance, ce coeur palpitant de l'oeuvre de Jorge Semprún, qui, du premier ouvrage (Le Grand Voyage, 1963) au dernier (Exercices de survie, 2012), évoquera cet événement inouï.

Auteur d'une oeuvre étonnante - romans, essais, théâtre, scénarios -, Jorge Semprún est surtout connu pour ses textes résolument inclassables sur sa déportation, abordée audacieusement par la voie du roman avec Le Grand Voyage, poursuivie avec Quel beau dimanche, L'Écriture ou la Vie, Le Mort qu'il faut et, finalement, omniprésente dans toutes ses productions.

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