Le cyclope cinéma

Le cyclope cinéma

Le cinéma est en quelque sorte posthumain : imbriquant la chair et la machinerie, il s'intéresse très tôt aux robots et aux créatures de synthèse. L'oeil artificiel de la caméra, se substituant à notre regard, va finir par devenir inquiétant - exemplairement dans 2001, de Stanley Kubrick.

Partout, l'empire des machines s'étend. Partout, elles calculent, modélisent, s'interconnectent. Partout, le genre humain doit travailler ou négocier avec elles. Partout ? Non, un village d'irréductibles résiste encore - il a pour nom Littérature. Il croit résister, tout au moins. Et ses habitants sont de moins en moins nombreux à soutenir que leur sanctuaire est le dernier épargné par la technologie. On avait oublié, en effet, que l'écriture (en tant que système graphique) est elle-même une technique, un outil mnémotechnique en l'occurrence, permettant de déstocker des données sur un support non humain : Platon parlait d'une hypomnèse - une sous-mémoire de synthèse qui paraissait appauvrir et simplifier l'anamnèse, la réminiscence « en direct », se jouant dans le seul esprit humain. Mais oui : Platon se méfiait presque autant de l'écriture que de l'image. On put certes ensuite soutenir que la littérature consistait justement à libérer un outil de sa fonctionnalité immédiate, à déto ...

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Grand entretien

Claire Marin © HANNAH ASSOULINE/Ed. de l'Observatoire

Claire Marin
Auteure de Rupture(s) (éd. de l'Observatoire)

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