Dénuement aux morts

Dénuement aux morts

Pandémie oblige, nos disparus parqués dans des hangars frigorifiques, dans des cercueils numérotés, sont privés des rites funéraires qui les inscrivent dans une histoire, une culture et une continuité, l'essence même de l'humanité.

Il y a quelques décennies, maints sociologues dénonçaient l'« effacement » de la mort du paysage de nos villes, voyant un signe de mécanisation, de robotisation, sinon d'inhumanité, dans le remplacement des funérailles publiques - cortèges, chevaux, couronnes et fanfares - par l'accompagnement anonyme, la file de voitures se dirigeant vers le cimetière au milieu du trafic urbain. Nos enfants, disaient-ils, ne voient plus le « corps » des morts, comme ils ne voient plus les animaux de la ferme ou les poissons, désormais vus comme de petits rectangles de chair roulés dans la panure. La guerre elle-même avait réussi par la technologie à rendre la mort « invisible », à se muer elle-même en quelque chose qui « n'a pas lieu » - qu'on se souvienne des analyses de Jean Baudrillard -, à se transformer en jeu vidéo où des trajectoires de boules vertes se croisaient dans le ciel opaque de Bagdad.

Mais l'anonymat messied à la mort. Aussi a-t-elle brutalement ôté tous ses voiles, se mont ...

Pour lire l’intégralité de cet article
EN REGARDANT LA PUBLICITÉ D'UNE MARQUE

Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

Frantz Olivié :
« La financiarisation du livre est en train de produire une culture d'aéroport inepte »

Nos livres

À lire : Poésie, etc., Guy Debord, éd. L'Échappée, « La Librairie de Guy Debord », 528 p., 24 E.

Supplément web

Chaque numéro du Nouveau Magazine littéraire est complété d'articles en accès libre à lire sur ce site internet. 

MAI :

► Roberto Bolaño, et de deux : en complément de l'ensemble « Il faut relire » consacré à l'écrivain

► Entretien avec Jacopo Rasmi : avec Yves Citton, il signe l'essai Générations collapsonautes