Paradoxale promesse

Paradoxale promesse

Dans un court ouvrage, La promesse (PUF), Vincent Peillon questionne la notion de promesse. De Machiavel à Montaigne, il en dissèque les paradoxes pour terminer par la Bible hébraïque, qui donne toute sa modernité à ce lien entre les hommes.

Par Aurélie Marcireau

La perte de confiance est le thème de notre dossier du mois de novembre. Selon un sondage réalisé par Harris interactive pour le NML, rares sont les professions à bénéficier d'un certain crédit auprès de la population. Les politiques arrivent bon dernier avec une cote de confiance autour de 20 %. Ce sont les promesses non tenues qui alimenteraient ce sentiment, entend-on souvent… Mais est-ce si simple ? Une réponse est dans La promesse, dernier ouvrage de Vincent Peillon (PUF). 

L'ex-ministre de l’Education, philosophe de formation retourné à ses textes, dissèque les paradoxes de cette promesse qui a, en politique, si mauvaise réputation. Pour conquérir le pouvoir, le politique aurait toujours délibérément effectué des promesses intenables à des foules crédules. Une promesse, donc, par essence détestable. Pour contourner cette critique, les politiques préfèrent alors aujourd'hui « s'engager à », se donnant ainsi une obligation de moyen et non de résultat, car l’engagement engage l’engagé seul, alors que la promesse implique celui à qui l’on promet. La solution serait-elle de ne plus promettre ? Et ainsi se prémunir des déceptions qui entraînent à minima l'alternance voire de forts mouvements de contestation ? À regarder les destins des politiques trop « techno », trop modestes, la réponse est négative. Un monde sans promesse serait un cauchemar !

Il faut, explique l'auteur, détacher la promesse du registre de la connaissance ou de la morale pour la relier à ses fonctions psychologique, sociologique ou religieuse. Car la promesse mobilise et crée du lien. Fondamentale, elle nous rappelle que la politique n’est pas une science et que nul ne peut prétendre connaître l'avenir. Il n'est ni possible, ni souhaitable de tenir les promesses et pourtant, il faut en faire... Par aileurs, comment expliquer que les gens exigent des promesses qu'ils savent intenables ? Simplement parce que la promesse est une preuve d'empathie. « En demandant de faire une promesse qu'ils savent intenables, ils demandent de choisir votre camp de montrer que vous êtes solidaires. » De même, les citoyens peuvent exiger du politique de faire une promesse pour ne pas la tenir. Parce que la politique a ses « exigences spécifiques, irréductibles aux appréciations de la morale », le citoyen sera plus tendre avec celui qui ne tient pas ses promesses qu'avec celui qui n'en fait pas. 

Pour dépasser ces paradoxes, Vincent Peillon revient à la Bible hébraïque et à la promesse initiale, de YHWH à Abram puis à Moise, celle d'une alliance de Dieu avec un peuple et donc avec l'humanité. Selon l'auteur, le schéma biblique de la promesse juive se retrouverait dans toutes les politiques de la modernité. La plupart des pensées séculières reproduiraient cette structure héritée de la bible juive. Une promesse qui a pour contenu « non un but ou un résultat mais la promesse elle-même ». Cette dernière, porteuse d'espoir, nous convoque dans un combat « pour changer la nature même du temps », combat qui affirme l'universalité et la dignité de tous les hommes.

 

À lire : La promesse, Vincent Peillon, éd. PUF, 121p., 12€ 

 

Sur le même sujet : Le saint et la philosophe, la chronique de François Bazin sur La promesse dans le N°23.

Nos livres

À lire : « Le froid, roman en trois actes avec entractes », Andreï Guelassimov, traduit du russe par Polina Petrouchina, éd. Actes Sud

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► Paradoxale promesse : critique du dernier essai de Vincent Peillon