Nicolas Idier et Makenzy Orcel : écrivains complices malgré un rendez-vous manqué

Nicolas Idier et Makenzy Orcel : écrivains complices malgré un rendez-vous manqué

Dans notre numéro estival, nous replongions dans des rencontres littéraires qui ont fait date. De nos jours, deux écrivains se croisent dans une boîte de nuit à Calcutta, trop bruyante pour y tenir une discussion. Qu'à cela ne tienne : reprenant les canons du genre tout en mêlant des réflexions plus propres aux maux de notre époque, Nicolas Idier et Makenzy Orcel s'échangent des courriels au long cours. Une boîte de nuit à Calcutta en est le résultat singulier, mélange de deux visions du monde qui finissent par s'embrasser avec fraternité.

Par Eugénie Bourlet. 

« Ça m’arrive souvent de penser à arrêter d’écrire. Mais je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre ». Ces mots de Makenzy Orcel ne proviennent pas de confessions sur papiers intimes, mais d’un courriel adressé à une personne en chair et en os, également écrivain. À l’instar des auteurs aux correspondances désormais célèbres, l'auteur haïtien discute avec Nicolas Idier l’envers du décor de la création littéraire, les romans embryonnaires, l’inévitable et embêtante promotion, les soirées mondaines… Leur complicité grandissante, qui s’achève en éclatantes déclarations de fraternité, met aussi leurs styles côte à côte. Makenzy Orcel, dont l’écriture viscérale a frappé contre la misère dans Les Immortelles, son premier roman, ou plus récemment avec Maître-Minuit, crie aussi ici à coups de mots enchevêtrés avec force parenthèses, crochets, slashs. Nicolas Idier laisse davantage couler les ambiances, rencontres, couleurs entre Paris et New Delhi, où il est responsable du bureau du livre à l’institut français. Il décrit ainsi leurs aller-retours littéraires : « Le mélange de fiction et de récit personnel, de sensations et de descriptions, de langues, de mots, d’images, de rythme, tout cela participe à une expérience d’un genre nouveau ». À Calcutta, ils avaient manqué une discussion dans une boîte de nuit bruyante, ce qui donnait ce livre. Là non plus rien n’est achevé, ni les débuts de fictions, ni les débats d’idées et les confidences. Leur relation fraternelle se retrouve vite plus établie que leurs processus d'écriture, toujours en équilibre, sous forme d'idées éparses qu'ils confrontent et poursuivent mutuellement. L'ouvrage qui en résulte a ainsi l’immense mérite d’être rendu tel quel, brut de vérité, ou selon Makenzy Orcel, « insupportablement sincère ».

À lire : Une boîte de nuit à Calcutta, Makenzy Orcel, Nicolas Idier, Robert Laffont, 270 p., 20€. 

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard