L'histoire en croches

L'histoire en croches

Et si pour mieux connaitre et comprendre l’histoire, il suffisait de tendre l’oreille et d’écouter sa bande son. Les mouvements symphoniques ou les arrangements d’un menuet racontent souvent assez bien les souffles de l’aventure humaine. C’est le lien singulier des artistes avec leurs époques que raconte la journaliste Laure Dautriche dans Ces musiciens qui ont fait l’histoire (Tallandier).

Par Aurélie Marcireau.   

« La musique peut être entendue pour elle-même. Mais dans leurs partitions ces créateurs disant aussi leurs combats, le monde qui les entoure et celui dont ils rêvent » écrit Laure Dautriche. Elle analyse les œuvres dans leurs temps, les œuvres et leurs temps. De Mozart influencé par les Lumières et les maçons à Bach obsédé par Luther ou encore Mikis Theodorakis plongé dans la dictature des colonels en Grèce, quel poids ont croches et noires face aux tumultes de l‘histoire ? Essentiel, si on suit Verdi devenu malgré lui l’incarnation de la lutte pour l’indépendance italienne ou Debussy en guerre musicale contre les allemands. Pour comprendre certaines de ses œuvres il faut connaître par exemple la fascination de Beethoven puis sa déception face à Napoléon. Il faut imaginer Berlioz à la recherche de fusils dans les rues de Paris pour s’engager dans la révolution 1830. Cette année-là, il écrit sa symphonie fantastique qui annonce une révolution musicale. Il devient le « maître de l’orchestre moderne ». Les moments historiques sont propices aux grandes évolutions musicales, les révolutions politiques entraînant parfois des nouveautés rythmiques.

Certains s’engagent franchement, d’autres moins. De contresens en mauvaises interprétations, Verdi accompagne par sa musique et à son insu les velléités d’indépendance italiennes. Alors qu’il se compose concentré loin des heurts, son Va’ pensiero (Nabucco) sera le ralliement des partisans de l’unité. Les musiciens font également face aux dictateurs du siècle dernier. Comme Gideon Klein, qui pour résister à la barbarie nazie, compose et fait jouer les détenus jusqu’à sa mort dans le camp de Terezin. Ou encore l’immense Chostakovitch, malmené une longue partie de sa vie par Staline, quand un Strauss pour se protéger et protéger son œuvre se fait sciemment marionnette d’Hitler et de Goebbels. Les dernières décennies ne sont pas exemptes de ces B.A. historiques, à l'instar de Theodorakis dont la musique accompagnera la résistance grecque et le film Z

L’auteure parcourt l’histoire classique en terminant par John Adams, dont l’œuvre est profondément ancrée dans l’histoire américaine récente de Nixon in China à I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky. Mais ce sont sans doute dans d’autres genres musicaux que les musicologues de futur trouveront les musiques de l’ère Trump ou des révolutions arabes… 

 

À lire : Ces musiciens qui ont fait l’histoire, Laure Dautriche, éd. Tallandier, 256 p., 19,9 €.

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard