Ahmet Altan libéré sous contrôle judiciaire

Ahmet Altan libéré sous contrôle judiciaire

Le journaliste et écrivain Ahmet Altan a été condamné à 10 ans et demi de prison, mais la Haute Cour Pénale d’Istanbul a demandé sa libération sous contrôle judiciaire en raison des trois années passées en prison. « Je ne reverrai plus le monde » paru en septembre rassemble ses textes écrits depuis son incarcération en septembre 2016.

[Mise à jour le 13 novembre 2019 : Ahmet Altan a à nouveau été arrêté mardi 12 novembre à Istanbul, à la suite d’une décision de la justice turque. Amnesty International a dénoncé une arrestation « scandaleuse ».]

Lundi 4 novembre 2019, à l'issue d'un nouveau procès, la Haute Cour Pénale d’Istanbul a ordonné la remise en liberté du journaliste et écrivain Ahmet Altan ainsi que celle de la journaliste et auteure Nazli Ilicak, après l'annulation d'une première condamnation à la prison à vie. Elle les a condamnés respectivement à dix ans et demi et à huit ans et neuf mois de prison mais a demandé leur libération sous contrôle judiciaire en raison des trois années déjà passées derrière les barreaux. Accusés d’être impliqués dans la tentative de coup d’Etat de 2016, Ahmet Altan et Nazli Ilicak avaient été condamnés en 2018 à la prison à perpétuité. Mais le 5 juillet dernier, la Cour Suprême de Turquie a annulé cette condamnation à vie, estimant que les deux écrivains n'auraient pas dû être jugés pour tentative de putsch, mais pour avoir « aidé un groupe terroriste », un chef d’accusation passible d’une peine d’emprisonnement plus faible.

En septembre dernier est paru Je ne reverrai plus le monde (éd. Actes Sud) qui rassemble ses écrits durant ces 3 ans de détention. Un livre qui selon la journaliste Kerenn Elkaïm « nous fait goûter au poison de la prison et à l’imagination salvatrice ». « Tout le monde sur cette terre a une histoire à raconter, pourvu qu’il y ait quelqu’un pour l’écouter. » écrivait alors l'auteur. Ahmet Altan lançait une bouteille à la mer en publiant ce livre déchirant, d’une force inouïe. Il renferme le cri d’un homme qui perd brusquement sa liberté, quoi que. Arrêté en septembre 2016, ce proche d’Asli Erdogan est le fils d’un père journaliste, député socialiste, lui-même condamné à 2000 ans de prison. Ahmet suit sa voie. A la tête d’un journal d’opposition, il défend les Kurdes, les Arméniens et les droits de l’homme. Altan s’impose aussi pour ses romans « transgressistes ». Arrêté avec son frère, il est traité de « terroriste marxiste », lors de pseudo-procés. Direction, la prison à vie. « J’étais dans une cage. Les murs allaient nous broyer, nous avaler comme une plante carnivore. » La promiscuité, le manque de lumière et de nourriture lui font frôler la folie. Sans parler de la honte envers les siens. L’enfer devient aussi les autres, avec qui il partage cet espace exigu. « La vie soudain s’était figée. Froide, inanimée. J’étais vivant et la vie était morte. » Comment éviter de s’enterrer en soi ? « Je suis écrivain. Enfermez-moi où vous voulez, je parcours encore le monde avec les ailes de mon imagination. » Le leader politique kurde Selahattin Demirtas a recours au même ressort, dans son second recueil de nouvelles, Et tournera la roue (éd. Emmanuelle Colas). Celle d’Ahmet Altan s’est décoincée début juillet : la Cour Suprême turque a brisé la perpétuité, mais a alors refusé de le libérer. Grâce à ses textes de prison, il redevient « l’écrivain qui écrivait son propre destin ». 

Depuis lundi, il est libre.

(Par Kerenn Elkaïm avec AFP)

 

A lire : Je ne reverrai plus le monde, Ahmet Altan, éd. Actes Sud, 219 p., 18,50 €

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