Leïla Sebbar, Je ne parle pas la langue de mon père

Leïla Sebbar, Je ne parle pas la langue de mon père

La langue coupée

Leïla Sebbar a grandi en Algérie sans parler l'arabe, la langue de son père - à la fois étrangère et intime. Sa belle écriture, qui doit sans doute beaucoup à cette expérience, travaille en retour à réparer ce lien déchiré.

Élevée sans religion par une mère chrétienne et un père musulman, Leïla Sebbar a grandi en Algérie comme une petite Blanche qui n'a jamais parlé arabe - parce que son père, instituteur de la République, ne le voulait pas ; elle fut souvent insultée comme telle par les garnements arabes du quartier, et s'est efforcée dans toute son oeuvre de bâtir - reconstruire - cette demeure algérienne et arabe qui, dans ses vingt premières années, lui a échappé.

Depuis son premier roman, elle n'a cessé d'évoquer la terre de son père sans en parler la langue, s'y enracinant, y revenant sans cesse par l'imaginaire (sans faire retour au pays natal), manifestant une obsession telle d'une arabité qu'elle portait inscrite dans ses prénom et nom ainsi que sur son visage aux yeux noirs qu'Agnès Varda, qui la filmait un jour pour un documentaire, lui demanda : « Vous auriez voulu avoir une mère arabe ? » Elle en fut surprise, au point de ne pouvoir répondre, offensée peut-être, assurément choquée, ...

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