Confessions et ambitions de Ségolène Royal

Confessions et ambitions de Ségolène Royal

Alors que les débats politiques sont focalisés sur les questions d'écologie et un an après les débuts de #MeToo, Ségolène Royal publie Ce que je peux enfin vous dire (Fayard). Un livre où se mèlent ses combats pour l'écologie et son expérience de la misogynie en politique. Comme si l'air du temps pouvait la porter... jusqu'à 2022. Par Astrid de Villaines.

Quel journaliste n’aurait pas aimé obtenir cette interview ? Royal, sans filtre, qui donne enfin sa propre version de sa carrière politique, sans langue de bois… ou presque.

Le livre de Ségolène Royal intitulé comme une invitation, Ce que je peux enfin vous dire (Fayard), ne déçoit pas. Tant son propos est libre et affranchi des contraintes. On se demande, un an après #MeToo, comment elle a bien pu garder tout ça pour elle. Il y a d’abord le poids des mots, sexistes en l'occurrence, qu’elle a entendus tout au long de sa carrière, adressés à elle ou à ses collaboratrices. Et qu’elle n’a jamais oubliés. Dans un style original qui consiste à acoller bout à bout sans transition l’avalanche de réflexions, le torrent donnerait presque le tournis. « Ministre de la Famille et du string », « Les Français veulent du sérieux », « Une marque de détergent : du marketing », « vache folle », sans oublier les plus connues, comme « Et qui va garder les enfants ? », prononcée par son adversaire Laurent Fabius, lors de la primaire socialiste de 2006 ou encore ce cadre supérieur du ministère de l’Environnement qui triait ses collaboratrices en réunion selon la taille de leurs seins

« Trahisons »

Au cours de ses innombrables interviews accordées pour la promotion de son ouvrage, Ségolène Royal le dit sans fard : c’est de son camp que sont venues les attaques les plus basses, notamment lors de la campagne de 2007 qu’elle raconte en détail. Entre les « trahisons » du parti socialiste dirigé par son compagnon de l’époque et père de ses quatre enfants, François Hollande, et celles plus personnelles du même homme sur le plan privé, Ségolène Royal ne cache pas les difficultés qui ont été les siennes à cette période et répond à – presque – toutes les questions. 

« Tu en auras bouffé, Ségolène »

Là encore, rupture de style dans la dernière partie du livre qui consiste en un jeu de question-réponses choisies par ses soins, celles qu’on lui a « souvent posées ». Pourquoi n’entrez-vous pas au gouvernement dès 2012 ? « Tous les candidats aux primaires deviennent ministres, sauf moi », dit l’ancienne ministre, non sans amertume. L’ex-candidate à la présidentielle perçoit avant tout « un problème personnel » de la part du président Hollande et comprend les difficultés qu’un tel poste auraient pu poser à sa compagne de l’époque, Valérie Trierweiler. Rien en revanche, ou quelques lignes timides, sur ce fameux tweet envoyé par cette dernière pour soutenir le candidat dissident du parti socialiste, Olivier Falorni, face à elle lors de l’élection législative qu’elle perdra. « Tu en auras bouffé quand même Ségolène », lui aurait alors dit Martine Aubry, présente à la Rochelle ce jour-là.

Martine Aubry, contre qui l’ancienne candidate à la tête du PS a bataillé lors du congrès de Reims en 2008 est largement épargnée dans ce livre. Au contraire, Mme Royal regretterait presque de ne pas l’avoir soutenue face à François Hollande au second tour de la primaire de 2011.

Au-delà de son engagement franchement féministe, c’est le combat écologiste qu’elle porte tout au long de son récit. Et de dresser un parallèle entre les deux batailles, mises sur le même plan et analysées quasiment en même temps. « Le vocabulaire, à juste titre, est le même : "femme et nature abîmées, agressées, salies, violées, souillées, victimes de prédateurs, d’exploiteurs, d’abuseurs" », défend-elle dès les premières pages.

Hollande, Macron et Hulot visés

Elle raconte, dans le détail, comment elle s’est opposée au renouvellement du glyphosate face à Bruxelles et au président Hollande, le poids des lobbys et les difficultés pour peser dans les arbitrages, ainsi que l’organisation de la Cop 21. Elle vante son bilan écologique au gouvernement et en tant que présidente de la région Poitou-Charente et n’épargne pas son successeur démissionnaire, Nicolas Hulot, sur la question du glyphosate, « la digue que nous avions bâtie a cédé » ou sur l’importation de l’huile de palme, « une déroute en rase campagne ». Ni le quinquennat de François Hollande, ni la gouvernance « autoritariste » d’Emmanuel Macron ne sont épargnés. Parfois, les lauriers qu’elle se dresse paraîtront immodestes, mais les coulisses des politiques publiques et le poids des hommes et femmes qui les conduisent sont extrêmement bien décrits pour toute personne qui s’intéresse à la chose publique.

Entre la galerie de photos la mettant en scène avec les grands de ce monde ou ses enfants et les quelques conseils à ses lecteurs et lectrices – quand on n’a pas ce qu’on aime, il faut aimer ce que l’on a – Ségolène Royal laisse à penser qu’elle a bien plus qu’une revanche à prendre : elle a envie de rejouer un rôle à l’avenir. Lequel ? La question de sa candidature aux européennes sera tranchée en janvier, mais à la lecture, l'impression est donnée qu’elle pourrait aussi viser… 2022 !

 

 

Ce que je peux enfin vous dire, Ségolène Royale, éd. Fayard, 292 p., 22 €