Cours camarade, l'antiféminisme est toujours derrière toi

Cours camarade, l'antiféminisme est toujours derrière toi

Piloté par l’historienne Christine Bard, la sociologue Mélissa Blais et le politologue Francis Dupuis-Déri, l'ouvrage Antiféminismes et masculinismes d‘hier à aujourd’hui (Puf) apporte un éclairage pluridisciplinaire essentiel pour appréhender toutes les facettes d’un contre-mouvement toujours plus virulent.

Par Aurélie Marcireau.

« Sans l’homme qui lui sert de révélateur et de verbe, [la femme] ne sortirait pas de l’état bestial » écrivait Proudhon. Plus d’un siècle plus tard, sur le site internet nord-américain « A Voice for men » on peut lire : « le féminisme est une idéologie corrompue, fourbe, haineuse et fondée sur l’élitisme féminin et la misandrie ». Si l’antiféminisme préexiste au féminisme, il est aussi divers et a évolué au gré des avancées de l’émancipation des femmes. Corrélé même, tant à chaque avancée des droits correspond une vague d’antiféminisme, selon la théorie du Backlash de Susan Faludi. C’est dans ce monde de l’antiféministe que nous plonge Antiféminismes et masculinismes d‘hier à aujourd’hui, qui regroupe les travaux d’un colloque organisé par l’université d’Angers en 2017. Plusieurs disciplines sont mobilisées pour appréhender toutes les facettes d’un contre-mouvement (Antiféminisme et Action française, antiféminisme et religion, les stratégies des groupes de pères divorcés, etc.). L’antiféminisme de Proudhon n’est pas celui de Zemmour et il n’est pas réductible à un clivage droite/gauche ou conservateur/progressiste. Même si le socle de l’antiféminisme reste conservateur, nataliste et religieux, il s’oppose aujourd’hui au genre ou encore au mariage pour tous.

Il est particulièrement intéressant de s’arrêter sur le masculinisme, branche contemporaine de l’antiféminisme. Alors non, il n’y a pas de crise de la masculinité pour le politologue enseignant à l’université du Québec à Montréal François Dupuis-Déri (voir notre entretien sur son livre à ce sujet). Ou alors à force d’être brandie depuis des siècles, cette crise se révèle être un état permanent. Ce mouvement social s’est constitué en Occident à partir des années 80 pour défendre les droits des hommes dans une société qu’ils estiment désormais dominée par les femmes. Ce courant mène des actions en forme de coups d’éclat en France ou au Québec, notamment sur la thématique des pères divorcés. Un mouvement qui trouve un écho fort sur le web et les réseaux sociaux.

L’antiféminisme contemporain prospère sur l’idée de la décadence de l'Occident. Une peur de l’indifférenciation des genres « qui cache le refus de l’égalité et du partage du pouvoir ». Aujourd’hui, note Christine Bard, on assiste à une conjugaison des haines. Au féminisme intersectionnel répond selon elle un « antiféminisme intersectionnel ». « Le mélange est constant même si les dosages peuvent varier : de nos jours, l'antisémitisme reste bien présent dans le discours antiféministe, tandis que les propos hostiles à l'islam prolifèrent ; l'homophobie, très ancienne éclate à mesure de la reconnaissance publique des minorités sexuelles ; la percée de la transphobie est remarquable. La lesbophobie permet de discréditer le feminisme mais la gayphobie n'est pas en reste. C'est ce que je propose d'appeler l'intersectionnalité des haines ». Ces promoteurs ont la conviction de mener une guerre de légitime défense. À la lecture de cet ouvrage, il apparait clairement que les féministes doivent riposter. 

 

À lire : Antiféminismes et masculinismes d'hier et d'aujourd'hui, sous la direction de Christine Bard, Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri, éd. Puf, 512p., 19,99 €

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