Pour Liu Xiaobo, l'homme qui n'avait pas d'ennemi

Pour Liu Xiaobo, l'homme qui n'avait pas d'ennemi

« Liu Xiaobo incarne une "vie chinoise" » selon les mots de Pierre Haski. Une vie qu’il raconte dans son très émouvant L’homme qui a défié Pékin. Ouvrage décliné en documentaire, diffusé en cette semaine de souvenir du massacre de la place Tiananmen.

Par Aurélie Marcireau

Il y a 30 ans, le pouvoir chinois, après un moment d’hésitation, décide de ne rien céder et réprime sévèrement les manifestations étudiantes qui ont lieu depuis plusieurs jours sur la place Tiananmen, place fameuse où se sont déroulées des manifestations pour l’indépendance de la Chine 80 ans auparavant. Cette répression fonde le réarmement idéologique du Parti Communiste chinois et conditionne toute l’histoire de la Chine depuis. 

Un homme y a joué un rôle fondamental : Liu Xiaobo. Il a évité un bain de sang en persuadant les étudiants d’évacuer la place. Critique littéraire, intellectuel, il ne cessera de se battre pacifiquement pour les libertés dans son pays et pour la mémoire des « âmes » de la place, jusqu’à sa mort en 2017. La peur de Pierre Haski : que les autorités réussissent à effacer définitivement cette tragédie soigneusement cachée aux jeunes générations ? Qu’elles réussissent à faire oublier le nom de Liu Xiaobo, dont le prix Nobel en 2010 a été caché aux chinois. « C’est déjà le cas pour une majorité́ de la population qui n’a, de fait, entendu parler de lui qu’au travers des attaques de la propagande officielle, sans réellement savoir ce qu’il défendait. Mais la censure d’internet et la réécriture permanente de l’histoire auront assurément un impact. »  

Alors l'ancien correspondant à Pekin a retrouvé tous ceux qui ont partagé les combats de Liu Xiaobo, ceux qui l’ont accueilli dans ses voyages, sa femme. Il livre de larges extraits (dans le film et le livre) d’une interview rare avec cet homme courageux. « Il faut suivre la vie de Liu Xiaobo, de l'éveil intellectuel du début des années 80, avec la découverte de Nietzsche ou de Camus ; à la découverte du monde occidental et les premières désillusions ; jusqu'à̀ Tiananmen et le massacre du 4 juin 1989, pour comprendre la construction d'une personnalité à la fois fragile et forte de ses convictions et de ses acquis. Il faut le suivre ensuite, poursuivi par les "âmes" des victimes de Tiananmen qui le hanteront jusqu'au bout, dans sa transformation en intellectuel engagé – un "activiste" comme on ne disait pas alors –, qui a trouvé sa voie, celle du combat non-violent pour une Chine démocratique et libérale. » écrit-il. 

Et on le suit aisément, ému, cet admirateur de Vaclav Havel, l’ami de Liao Yiwu, forcément touché par l’itinéraire et la volonté de cet homme hors norme. 

 

À lire :  Liu Xiaobo – L'homme qui a défié Pékin, Pierre Haski, Hikari/Arte éditions, 220 p., 19 €

Pour aller plus loin : découvrez le dossier « Dans la tête des Chinois », publié dans le numéro 18 du Nouveau Magazine Littéraire (juin 2019), actuellement chez votre marchand de journaux.

 

En partenariat avec Le Nouveau Magazine littéraire 

Chine : la prospérité a-t-elle tuée la contestation ? (La Grande Table de France Culture - 28 mai 2019) 
La promesse de prospérité a-t-elle tué le combat pour la démocratie en Chine ? La lutte pour la liberté est-elle morte avec le dissident Liu Xiaobo ? Une émission avec Pierre Haski

 

Photo : © ARTE Editions / Hikari Edition

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Ceux qui restent, Benoît Coquard, La Découverte, 280 p., 19 €.

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