Gisèle Besson et Jean-Claude Schmitt, Rêver de soi. Les songes autobiographiques du Moyen-Âge

Gisèle Besson et Jean-Claude Schmitt, Rêver de soi. Les songes autobiographiques du Moyen-Âge

Les rêveurs livrés à eux-mêmes

Que faisait-on de ses rêves au Moyen Âge ? Une riche anthologie donne à lire l'ambivalence des mentalités sur la question. Les songes sont avant tout perçus comme l'intrusion d'une extériorité, mais entrouvrent le monde de l'intériorité subjective.

Nos ancêtres - ceux d'avant Freud - ont éprouvé une véritable méfiance à l'égard de leurs rêves. Il faut dire que la Bible les y incita fortement, notamment dans le Lévitique, où l'on peut lire cette injonction sans appel : « Vous ne prendrez pas les augures et vous n'observerez pas les rêves. » Curieuse « onirophobie » quand on pense à l'importance des apparitions en songe dans les deux Testaments - avec, notamment, celui que fit Joseph lorsque l'ange Gabriel le visita pour balayer ses doutes face à la grossesse miraculeuse de la Vierge Marie. Pourquoi donc les chrétiens ont-ils pendant longtemps haussé les sourcils de suspicion face aux images qui leur venaient en rêve ? C'est que le dormeur était perçu comme assiégé : puisque le sommeil avait tout d'un abandon de subjectivité - une sorte de laisser-aller coupable plus qu'un repos nécessaire -, le rêveur devenait une proie facile pour les démons (comprendre les idées et images blâmables). Comme le formulent les universitaires Gisè ...

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