Sagan sans la grâce

Sagan sans la grâce

C'est le nouvel évènement de la rentrée : Plon publie Les quatre coins du cœur, un inédit de Françoise Sagan. De jolies notes, mais pas de mélodie saganesque dans ce roman.

Par Aurélie Marcireau.  

Un dernier roman de l’immense Sagan. Une œuvre inachevée à découvrir pour les 15 ans de sa mort. On se réjouissait de cette surprise concoctée par Plon. Mais avant même de parcourir les pages, l’histoire du manuscrit mettait un peu mal à l’aise. 

Refusé d’abord par Jean-Marc Roberts qui craignait qu’il ne desserve son autrice, le texte a été finalement retravaillé, ciselé par son fils Denis Westhoff pour pouvoir enfin sortir ce 19 septembre en 80 000 exemplaires. Dans la préface, il avoue avoir rempli des trous, ajouté des liaisons… pourquoi pas, si on retrouvait dans Les quatre coins du cœur une partie du charme de Bonjour tristesse. Sur la couverture, le visage malicieux de Sagan en est une promesse. Enfin, replonger dans cette société de personnes bien nées, de frivolité, de grâce et d’ennui parfois. 

Hélas, les ingrédients sont là, pas la magie. Si les premières pages sont réjouissantes, très vite, on ne retrouve que partiellement le timbre de Françoise Sagan dans ses phrases : « Les hommes intelligents n’ont pas toujours les finesses requises par certains scrupules ». Dans cette maison bourgeoise sans queue ni tête : un industriel, «  un fils détraqué, une belle fille mondaine et sotte, une femme laide »,  et un parasite sont observés, comme par un entomologiste, dans les soubresauts de leur vie. Au cœur de l’intrigue, la passion de Ludovic, fils de famille que l’on croyait fou et de sa belle-mère, la belle Fanny… Mais l’histoire n’est pas enlevée, virevoltante et un peu cynique comme on pouvait s'y attendre. Même la description de la ténancière de maison close, Mme Hamel, ne réussit pas à sauver cet inédit : « Elle tenait en main un régiment de femmes du monde, enfin de province, opulentes et affriolantes, qui, frappées de charité comme on l’est de variole ou de choléra, se répandaient sur ses instructions en de nombreuses visites ». 

Le fils espérait, écrit-il dans la préface, retrouver « l’absolue liberté, l’esprit détaché, l’humour grinçant et l’audace frisant l’effronterie qui caractérisaient Françoise Sagan ». Nous l’espérions aussi, mais le roman laisse finalement surtout un goût d‘inachevé.

 

À lire : Les quatre coins du coeur, Françoise Sagan, éditions Plon, 224p., 19€.

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Ceux qui restent, Benoît Coquard, La Découverte, 280 p., 19 €.

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