Roberto Bolaño, et de deux

Roberto Bolaño, et de deux

À la fois poète et romancier, l’auteur chilien de 2666, disparu en 2003, s’impose comme l’une des premières grandes voix du XXIe siècle. Dans notre dernier numéro en kiosque, nous avons salué la parution du tome inaugural de ses Œuvres complètes chez L’Olivier, qui dégaine déjà le deuxième.

Par Gabriela Trujillo

La providentielle publication des Œuvres complètes de Roberto Bolaño se poursuit aux éditions de l'Olivier. Le deuxième volume (annoncé pour le 11 juin) s'ouvre avec le plus fou de ses romans, Monsieur Pain – du nom de l'ésotériste et témoin d'une conspiration autour de César Vallejo, mort, comme il l'avait prédit dans un poème, un jeudi d'automne, dans le Paris des années 1930. On trouve aussi les Conseils d'un disciple de Morrison à un fanatique de Joyce, premier opus que Bolaño, après une carrière de poète, cosigne avec A.G. Porta en 1983. Déjà remarqué par la critique de l'époque, c'est avec La Littérature nazie en Amérique que Bolaño fait son entrée fracassante sur la scène littéraire, livre vertigineux entre histoire et usage virtuose du faux. On peut aussi y lire le plus cruel et abouti de ses recueils, Des putains meurtrières, qui inclut « Derniers crépuscules sur terre », nouvelle où l'auteur signe la quintessence de son art. Parmi les très attendus inédits, L'Esprit de la science-fiction, un chant d'amour délirant à Mexico et à sa jeunesse bohème : s'y mêlent amitié, ateliers d'écriture et recherche d'écrivains amateurs qui s'expriment dans les limbes de l'innocence. L'amour de la science-fiction imprègne à sa façon oblique les extraordinaires Déboires du vrai policier, dédiés à Philip K. Dick, mais aussi à Manuel Puig, écrivain et militant homosexuel. On pourrait croire à une préquelle de 2666 ; on retrouve ce monde familier comme dans une dimension parallèle. Les personnages (Arcimboldi, Amalfitano, qui fait son coming-out) ne sont ni tout à fait les mêmes ni tout à fait d'autres, bien que les rues de Santa Teresa soient déjà le repère d'assassins. « Quand j'étais adolescent, j'aurais voulu être juif, bolchevique, noir, homosexuel, toxico et à moitié fou, et manchot pour compléter le tout, mais je n'ai été que professeur de littérature. Heureusement, pensait Amalfitano, que j'ai pu lire des milliers de livres. Heureusement que j'ai lu. Heureusement que je peux encore lire, se disait-il, mi-sceptique, mi-plein d'espoir. »

 

À lire : Œuvres complètes, t. II, Roberto Bolaño, traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio et Jean-Marie Saint-Lu, éd. de L’Olivier, 1184 p., 25 € (en librairie dès le 11 juin).

 

Dans la même rubrique : « Il faut relire Roberto Bolaño », un ensemble à découvrir dans notre numéro de mai, actuellement en kiosque.

 

Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

Frantz Olivié :
« La financiarisation du livre est en train de produire une culture d'aéroport inepte »

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À lire : Poésie, etc., Guy Debord, éd. L'Échappée, « La Librairie de Guy Debord », 528 p., 24 E.

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MAI :

► Roberto Bolaño, et de deux : en complément de l'ensemble « Il faut relire » consacré à l'écrivain

► Entretien avec Jacopo Rasmi : avec Yves Citton, il signe l'essai Générations collapsonautes